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Juliette Binoche

Interprète

Actrice immensément talentueuse, Juliette Binoche navigue entre productions françaises et étrangères. Exigeante, elle choisit méticuleusement ses différents projets afin de parfaire sa soif de jouer et sa recherche d’excellence. Aujourd’hui, quasiment canonisée, elle fait partie des figures incontournables du 7ème Art, celles de qui l'on n'ose plus dire du mal pour ne pas égratigner le mythe Binoche.

Juliette Binoche est née le 9 Mars 1964, à Paris, d’un père metteur en scène, mime et sculpteur, et sa mère n’est autre que l’actrice franco-polonaise Monique Stalens. Cette diversité culturelle et artistique dans laquelle elle a toujours baigné est sans doute la clé qui explique les multiples facettes de sa personnalité et ses prédispositions dans de nombreux domaines (danse, comédie, peinture). D’aussi loin qu’elle peut s’en remémorer, Juliette Binoche a toujours rêvé d’être actrice. Petite, elle adorait que les lumières soient ciblées sur elle. La petite princesse va alors commencer très tôt les cours de comédie, d’abord auprès de sa mère. Mais ses parents vont se séparer et Juliette part vivre dans le Loir-et-Cher, où elle connaît en premier lieu la pension le temps que les détails du divorce soient réglés. De cette enfance dans le petit village de Mondoubleau, elle ne garde que des bons souvenirs. La petite fille va ainsi s’épanouir au contact de la nature, s’échappant dans les grandes étendues boisées, grimpant aux arbres pour y construire des cabanes. Véritable garçon manqué, elle n’hésite pas à jouer les casse-cou, peu importe les égratignures, et à jouer avec les animaux de la ferme. Néanmoins, l’envie de monter sur scène la démange inlassablement et la jeune adolescente profite de son retour à Paris pour le Lycée pour y suivre l’option théâtrale. Passionnée, elle joue le malade imaginaire avant de monter elle-même la pièce « Le roi se meurt » d’Eugène Ionesco, se confrontant ainsi à tous les métiers du théâtre (lumières, mise en scène, costumes…). Déterminée comme jamais à être plus qu’une simple jolie fille, elle s’inscrit à l’âge de 17 ans au Conservatoire du Xème arrondissement. Ses professeurs sont alors dithyrambiques sur les qualités de la jeune actrice, rares sont celles qui disposent d’une telle grâce et d’une telle présence.

Une fois le bac en poche, Juliette Binoche ne perd pas de temps et intègre les cours de Véra Gregh et le Conservatoire National d’Art Dramatique. Pour financer ses études, elle travaille comme caissière dans un grand magasin parisien et sa beauté ravageuse lui permet d’apparaître dans plusieurs publicités. Mais au fil des différentes représentations, la jeune femme sort du lot, son talent illumine chaque spectacle, celle-ci parvenant à maîtriser aussi bien les dramaturges contemporains que les tirades alambiquées d’un Tchekhov. Persévérante et opiniâtre, Juliette Binoche sait ce qu’elle désire, jouer pour les plus grands metteurs en scène, même si ce n’est que pour une scène et même si cela induit de refuser des rôles plus importants, et son acharnement va finir par être payant. Après une première apparition dans « Liberty Belle » de Pascal Kané, on la retrouve ainsi au générique de « Je vous salue Marie » de Godard, et de « La vie de famille » de Jacques Doillon. En 1985, son rôle de comédienne débutante dans « Rendez-vous », d’André Téchiné, la révèle au grand public et la positionne en actrice au fort potentiel, auréolée du prix Romy Schneider. L’année 1986 marque sa rencontre avec le bad-boy du cinéma français, Léos Carax, qui l’engage sur « Mauvais sang », confrontation qui donnera lieu à une idylle entre le metteur en scène et sa belle. A ses côtés, Juliette Binoche va s’épanouir cinématographiquement, Carax étant un filmovore, dévorant tout ce qui lui tombe sous la main, et bien souvent un paquet d’œuvres originales. Durant ces années, la jeune comédienne va ainsi s’ouvrir à un cinéma dont elle ne connaissait pas l’existence, son compagnon lui faisant partager toutes ses découvertes. En 1988, elle s’exporte pour la première fois, hors de nos frontières, pour jouer aux côtés de Daniel Day-Lewis dans « L’Insoutenable légèreté de l’être » de Philip Kaufman. Par la suite, elle fait partie du naufrage des « Amants du Pont-Neuf », tournage qui s’éternisera en raison des désirs obsessionnels de Carax et qui marquera leur séparation.

Les catastrophes qu’elle a vécues sur ce projet la pousse à s’éloigner des plateaux français et on la retrouve aux côtés de Jérémy Irons dans « Fatale » et dans « Les hauts de Hurlevent » de Peter Kosminsky, prestations qui la propulsent sur la scène internationale. Mais suivant sa ligne de conduite, elle décline l’invitation de Spielberg pour « Jurassic Park » et préfère s’engager auprès de Kieslowski (« Trois couleurs - Bleu »), choix judicieux puisqu’il est couronné d’un César de la meilleure actrice et d’un prix d’interprétation à Venise. Enchaînant ensuite quelques métrages, « Le Patient anglais » marque une nouvelle étape pour la belle française puisqu’elle obtient un Ours d’argent à Berlin et un Oscar, celui du Meilleur second rôle, pour sa composition nuancée et subtile d’une infirmière coriace et indocile. Définitivement adulée par les critiques, Juliette Binoche va en profiter pour jouer aux quatre coins de la planète, ne s’imposant aucune limite si un projet ambitieux lui est proposé. C’est alors avec les plus grands metteurs en scène, toute nationalité confondue, comme elle en avait rêvé, qu’elle va désormais apparaître. Elle retrouve ainsi André Téchiné pour « Alice et Martin » en 1998 avant d’interpréter avec Brio George Sand dans « Les Enfants du siècle ». Godard fait à nouveau appel à elle pour « Éloge de l’Amour » tandis qu’Haneke va lui offrir deux rôles dans « Code inconnu » et « Caché », Lasse Hallström lui accordant l’affiche de « Le Chocolat ». Autodidacte et politiquement engagée, elle n’hésite pas à jouer les premiers rôles dans des films politiques, notamment pour dénoncer l’apartheid (« In my Country »), les conditions de vie des réfugiés (« Par effraction » où elle retrouve le metteur en scène du « Patient Anglais », Anthony Minghella) ou encore le conflit israélo-palestinien (« Désengagement »).

Toute sa carrière est marquée par une grande variété, à la fois dans le genre des projets que dans leur nationalité. Elle va ainsi émerveiller les spectateurs dans des comédies, drames, thrillers, et projets en tout genre de tous les horizons, n’hésitant pas à jouer dans des films très indépendants ou au budget très limité (« Un flic pour cilbe »). Si à la fin des années 2000, on la croise dans les rues de « Paris » pour Klapisch et en blonde dans « L’heure d’été » d’Olivier Assayas, on retiendra surtout ses prestations dans « Le voyage du ballon rouge » de Hou Hsiao-Hsien et « Copie Conforme » d’Abbas Kiarostami, qui lui offre le prix d’interprétation au Festival de Cannes. Éclectique et complexe, Juliette Binoche n’a décidément pas fini de vouloir surprendre, l’année 2012 en est le témoin puisqu’elle est l’une des têtes d’affiche de la première réalisation de Sylvie Testud, « La vie d’une autre », le rôle principal du film d’auteur franco-polonais « Elles » sur la prostitution estudiantine et enfin l’une des rencontres de Robert Pattinson dans le dernier Cronenberg « Cosmopolis ». Indéniablement, si Juliette Binoche possède l’étiquette de reine du cinéma, c’est parce qu’elle a su s’entourer des meilleurs réalisateurs afin de pouvoir faire ressortir les émotions enfouies en elle et exploiter au mieux ses prédispositions. Certains détracteurs regrettent le fait qu’on ne puisse la critiquer, le mythe ne devant pas être écorché, mais c’est aussi peut-être parce qu’elle ne nous en laisse pas l’occasion…

Le saviez-vous ?

Artiste polyvalente, Juliette Binoche a exposé plusieurs de ses toiles et sculptures mais a aussi participé, en 2008, à une tournée mondiale de danse contemporaine avec le chorégraphe anglais, Akram Khan.

Filmographie sélective

2012 : Cosmopolis, de David Cronenberg
2012 : Elles, de Malgorzata Szumowska
2012 : La vie d’une autre, de Sylvie Testud
2012 : Un flic pour cible, de Dito Montiel
2010 : Copie Conforme, d’Abbas Kiarostami
2008 : Paris, de Cédric Klapisch
2008 : Coup de foudre à Rhode Island, de Peter Hedges
2008 : Désengagement, d’Amos Gitaï
2008 : L’heure d’été, d’Olivier Assayas
2008 : Le voyage du ballon rouge, de Hou Hsiao-Hsien
2007 : Par effraction, d’Anthony Minghella
2006 : Paris, je t’aime (section de Nobuhiro Suwa)
2005 : Mary, de Abel Ferrara
2005 : Caché, de Michael Heneke
2001 : Éloge de l’Amour, de Jean-Luc Godard
2001 : Le Chocolat, de Lasse Hallström
2000 : Code Inconnu, de Michael Heneke
1998 : Alice et Martin, d’André Téchiné
1997 : Le Patient anglais, d’Anthony Minghella
1995 : Le Hussard sur le toit, de Jean-Paul Rappeneau
1993 : Trois couleurs – Bleu, de Krzysztof Kielslowski
1992 : Les Hauts du Hurlevent, de Peter Kosminsky
1991 : Les amants du Pont-Neuf, de Léos Carax
1988 : L’insoutenable légèreté de l’être, de Philip Kaufman
1986 : Mauvais sang, de Léos Carax
1985 : La vie de famille, de Jacques Doillon
1985 : Je vous salue Marie, de Jean-Luc Godard

Olivier Bachelard Envoyer un message au rédacteur

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