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PARIS JE T’AIME

Inégal mais charmant

Quelques histoires d'amour ou de rencontre amoureuse dans notre beau Paris, vu par un vingtaine de cinéastes internationaux...

"Paris je t'aime" est un projet singulier qui consiste en la production, par des réalisateurs aux univers très différents, de courts métrages situés chacun dans un quartier différent de Paris et relatant une rencontre amoureuse. Original dans son concept, le film ne sort pas pour la Saint Valentin, mais se retrouve sur nos écrans juste à temps pour la fête du cinéma, après une présentation à Cannes en ouverture de la section "Un certain regard", réunissant un parterre de stars impressionnant, à l'image du casting impressionnant réuni par ce projet.

Si un charme indéniable se dégage de ce canevas de destins heureux ou malheureux, l'ensemble s'avère, comme prévisible, assez inégal. D’abord parce que certains (rares) morceaux, si savoureux soient-ils, ne nous montrent rien de Paris. C'est le cas du film de Depardieu - Auburtin, "Quartier Latin", qui malgré des dialogues savoureux entre Gena Rowlands et Ben Gazzara, qui se cantonne dans le restaurant d'un hôtel, et dont le clin d'oeil consistant à faire apparaître Depardieu vient conseiller du vin est un peu "too much". Ensuite, parce que les styles hétéroclites, ont du mal parfois à donner de l’unité à l’ensemble (voir le court de Vincenzo Natali et ses vampires).

Mais ne gâchons pas notre plaisir. La variété de l'ensemble procurera à chacun des émotions différentes. On retiendra, en ce qui nous concerne, quelques vérités bien senties, mêlées à des fantasmes divers, et superbement exploités. Il s'agit par exemple des problèmes de stationnement et des comportements désagréables au volant, et surtout des regards "à ne surtout pas croiser" dans le métro, qui donnent les deux des morceaux les plus réussis, réalisés respectivement par Bruno Podalydès ("Montmartre"), et les frères Coen ("Tuileries", avec Steve Buscemi).

Enfin, comme l'on ne peut pas évoquer tous les courts métrages dans une critique aussi courte, signalons que parmi les approches de la ville, certains ont choisi avec brio une entrée sociale. Ainsi, le film de Walter Salles avec Catalina Sandino Moreno, "Loin du 16ème", nous montre une femme de ménage immigrée s'occupant des enfants des autres, et difficilement des siens. Intelligemment, les maîtres de maison y sont à peine perceptibles, restant quasiment hors champ, en "voix-off", et la vision impersonnelle du métro dénote avec celle des frères Coen déjà évoquée. C'est là l'une des qualités indéniables de "Paris je t'aime": montrer à l'aide d'une série d'oeils extérieurs, des aspects de Paris que les français auraient difficilement perçus ou rechigné à évoquer. Une réussite donc, où certains réalisateurs donnent dans leur genre, comme Alexander Payne et sa vision de la touriste américaine boulimique de visites anodines ou essentielles, et d'autres s'en éloignent volontairement, à l'image de Wes Craven dans un "Père Lachaise" loin d'être horrifique.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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