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LE LYCÉEN

Un film de Christophe Honoré

L’écolier

L’adolescence sereine de Lucas, 17 ans, vole en éclats le jour où son père meurt. Pour se changer les idées et essayer de se reconstruire, il accompagne son frère à Paris tout en gardant le contact avec sa mère…

Le Lycéen film movie

On ne prendra pas de gants avec ce film. Moins pour en exhiber les défauts de fabrication (même s’il y en a pas mal) que pour fustiger la démarche de plus en plus fumeuse d’un cinéaste que l’auteur de ces lignes n’a jamais porté en haute estime (c’est un euphémisme). On avait pu croire, il y a quelques années, que le réalisateur des "Chansons d’amour" avait enfin vendu son surmoi Nouvelle Vague sur eBay et délaissé sa mise en scène ni pensée ni travaillée au profit d’un vrai geste de cinéma – ce que "Métamorphoses" et surtout "Chambre 212" avaient laissé présager. Mais avec "Le Lycéen", machine arrière. Retour à un filmage grisâtre et je-m’en-foutiste qui donne davantage envie de finir le tube d’aspirine que de s’intéresser à quoi que ce soit. Retour aussi à un étalage glauque et gratuit de scènes de sexe dont on sait désormais qu’elles ne constituent en rien le point fort d’Honoré en tant que cinéaste – qu’il laisse à Pedro Almodovar, à Xavier Dolan ou à Gregg Araki l’exclusivité de filmer les corps et les ébats gays, ils s’en sortent infiniment mieux que lui. Mais surtout, retour à cette constance chez Honoré de prétendre explorer un sujet fort (en l’occurrence le deuil) pour s’en servir de prétexte à filmer des mecs à poil.

Au fond, le problème est exactement le même que lors de la découverte d’"Homme au bain", ce navet ni fait ni à faire dans lequel on sentait surtout Honoré potentiellement désireux de s’offrir une sextape-maison avec un acteur porno (François Sagat) alors réduit à un cul galbé et un torse musclé. "Le Lycéen" fait peut-être illusion durant ses premières minutes en s’en tenant à une approche frontale du deuil à haute teneur autobiographique (Honoré raconte ici sa douleur d’ado et le décès de son propre père), mais ce n’est qu’une façade. Le scénario oublie ainsi très vite le thème du deuil pour laisser son jeune protagoniste partir en vrille dans ce qui le motive : coucher avec tous les mecs qu’il croise, qu’il s’agisse de son pote savoyard, du colocataire prostitué de son frère, ou encore du vieux client glauque de celui-ci. Du sexe qui, bien sûr, est ici d’un glauque sans nom, capté par une caméra erratique et via une photo totalement délavée (à l’exception d’un petit effet de stylisation rougeâtre en fin de bobine). Et cette quête de sexe du personnage principal occupe les trois quarts du métrage, agrémentés ici et là de quelques intermèdes totalement hors sujet (quid de cette dispute familiale à table autour d’Eric Zemmour ?!?) et portés par un jeune acteur aussi exaspérant que jamais crédible (Paul Kircher, à mi-chemin entre un cliché rimbaldien et un clone rajeuni de Benjamin Biolay). Pour ce qui est des cinéastes capables de raconter leur adolescence et de la mettre réellement en perspective, mieux vaut donc se tourner vers le dernier James Gray ou le prochain film de Steven Spielberg.

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

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