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LA VIE D'UNE AUTRE

Un film de Sylvie Testud

Une comédie douce-amère plus profonde qu’elle n’en a l’air

La jeune Marie décroche un rendez-vous d’embauche avec un grand patron. Dans la foulée, elle s’éprend de Paul, le fils de celui-ci. Or au lendemain de leur première nuit d’amour, elle se réveille… avec 15 ans de plus. Elle n’a aucun souvenir de ce qu’il s’est passé entre-temps. Paul est bien là, mais l’histoire d’amour qu’elle pensait tout juste commencée semble toucher à sa fin…

Si vivre les premiers émois d’une histoire d’amour est un moment merveilleux, se réveiller un beau matin et constater, impuissant, que ce lien a disparu est certainement terrible. Le pitch annonce donc un film dramatique dont la première scène, grave, serait l’illustration. Or Sylvie Testud, dont c’est la première réalisation, a opté pour un ton léger et décalé, assez frais même. Elle délivre ainsi une comédie intéressante, qui pourrait bien vous surprendre.

Quand Juliette Binoche, trente ans de carrière internationale, s’esclaffe de frayeur en découvrant son visage « vieilli » dans le miroir, on ne peut s’empêcher d’esquisser un sourire. Quand elle découvre ensuite qu’elle a un fils, qu’elle vit dans un immense appartement avec vue sur la tour Eiffel et qu’elle est devenue une femme d’affaires ultra puissante, la situation vire à la franche cocasserie. Il est vrai que Sylvie Testud n’y va pas de main morte avec la surenchère. Heureusement, le film trouve rapidement son équilibre grâce au jeu étonnant de l’actrice. Déstabilisée par la situation, marquée par la candeur de l’âge qu’elle croit encore avoir, mais pas complètement gauche lorsqu’il s’agit d’endosser à bras le corps les nouvelles responsabilités qui lui incombent, elle est touchante mais jamais nunuche. Grâce à elle, le film trace droit sans tomber dans le burlesque de pacotille.

Mais le principal intérêt du film, outre la question de la reconquête par Marie de sa propre vie, réside dans son histoire avec Paul, son mari. Interprété par un Mathieu Kassovitz surprenant, d’une pudeur et d’une retenue qu’on ne lui connaît pas forcément, il est le personnage blessé et fatigué du couple, la victime de 15 ans d’un mariage qui a mal tourné. Ce constat amer d’une relation prometteuse tombée dans la médiocrité fait froid dans le dos. Chaque scène que partagent les deux personnages fait ainsi l’effet d’une déchirure, traitée avec toute la délicatesse qui s’impose, et qui trouve son apothéose lorsqu’à l’indifférence de Paul succède la rancœur. Aussi, qu’il s’agisse de l’histoire d’une fin ou du début d’une histoire (la fin vous le dira), une idée dérangeante persiste : celle que même les histoires d’amour les plus fortes ne sont pas à l’abri de l’usure du temps.

Sylvia GrandgirardEnvoyer un message au rédacteur

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