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VOX LUX

Un film de Brady Corbet

Un second long métrage ampoulé

En 1999, lors d’une fusillade dans son collège, Céleste est grièvement blessée, se retrouvant paralysée. En 2001, témoin de la violence de son époque, elle accepte de parler devant tous dans une église, puis de chanter une chanson. Amenée à l’enregistrer, celle-ci deviendra rapidement un succès. Retrouvant ensuite l’usage de ses jambes, c’est le début d’un succès qui deviendra international…

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Brady Corbet, acteur ("Thirteen", "Mysterious Skin") devenu réalisateur multi-primé à Venise il y a trois ans pour "L'enfance d’un chef" (toujours inédit en salles en France) et sa forme il est vrai originale et inquiétante, est revenu en compétition au Festival de Venise 2018 avec une sorte de biopic original, mettant sur le devant de la scène une Natalie Portman courant visiblement après un deuxième Oscar. Il en est cette fois-ci reparti bredouille, malgré une construction intéressante et plusieurs niveaux de lecture.

Continuant d'expérimenter au niveau formel et narratif, l’auteur ne renonce pas aux éclats musicaux et au son puissant qui marquaient son précédent film et qui envahissent à nouveau de nombreuses scènes. Mais il fait ici une place plus grande au jeu des différents interprètes et même à une voix-off, qui utilisant le conditionnel concernant son sujet (la chanteuse héroïne), laisse planer le doute sur la réalité de cette histoire. Divisant son film en deux actes, ouverts chacun par une tuerie (dans un lycée, puis sur une plage), il livre ici ce que l’on peut interpréter comme une relecture du mythe de Faust (la survie et la célébrité contre son âme), aussi irritante qu’intrigante.

Posant dès le prélude la situation de son héroïne (une jeune femme blessée lors de la première attaque, devenant chanteuse à succès), il décrit à la fois le besoin de communion autour d'icônes, le formatage lié à l'industrie musicale, l'emprise du travail sur la vie privée. Usant d’un montage d’archives pour résumer l’histoire d’un pays, d’une accélération subite dans un tunnel automobile pour mieux signifier un engrenage, les artifices de mise en scène ne cache pas finalement la banalité des scènes visant à montrer la déchéance d’une artiste aux prises avec ses démons (la survie, le traumatisme ? ou le don de soi, l’exigence, l’égo surdimensionné ?…).

De plus, il faut bien avouer que Jude Law comme Natalie Portman en font des tonnes, respectivement en manager agressif et en star autocentrée. Alors, au fil d’une intrigue qui semble devenir quelconque, ce biopic peu ordinaire s’étiole peu à peu, perdant sa propre nature d’objet non identifié pour virer à la banale histoire de gloire et décadence. Regrettable.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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