STOPMOTION

L’image par l’image

Ella travaille comme assistante de sa propre mère dans le domaine exigeant de l’animation en stop-motion. Cette dernière étant physiquement de plus en plus incapable de mener son ultime projet à son terme, c’est à Ella que revient vite cette tâche difficile. Mais celle-ci va peu à peu s’orienter vers une tout autre démarche créative, pour le coup de plus en plus perturbante…

Jusqu’ici, les courts-métrages animés de Robert Morgan avaient quelque chose de profondément dérangeant et clivant, tant son art de la stop-motion s’incarnait par un amas de créatures gluantes et de bonshommes fraîchement mutilés, donnant ainsi chair à un univers ô combien cauchemardesque où s’entremêlaient sans cesse le dégoût et la fascination. La surprise est donc totale devant ce premier long-métrage, incluant certes des zestes d’animation du même acabit au sein d’une très solide et majoritaire structure de film live, mais éclairant surtout ce travail d’animation de la façon la plus adéquate qui soit. Car c’est bien de lui-même dont parle Morgan dans "Stopmotion", via un savant effet de mise en abyme de sa propre pratique de l’animation image par image qui lui permet ainsi d’interroger très intelligemment son propre art. Autant dire qu’en matière de perspectives horrifiques et psychanalytiques, le programme va se révéler aussi riche que corsé.

Le parcours intime et tourmenté de ce magnifique alter ego féminin (Aisling Franciosi, aussi épatante que dans "The Nightingale") va ici de pair avec la recomposition d’une réalité progressivement contaminée par la psyché d’un créateur travaillé par tout ce qui l’entoure (des proches qui le conditionnent, des créations qui l’obsèdent, des visions qui le terrifient). Ainsi donc, toutes sortes de matières organiques servent ici de flux viral au sein d’un travail assimilable à une dépendance de plus en plus psychique et asociale. Un long-métrage cathartique, en somme ? Totalement, mais avec ce petit « plus », offert par le principe même de l’animation, qui laisse l’absurde et le surréalisme (tous deux fortement marqués par l’horreur) revisiter et/ou lézarder les conventions du réel. Ce qui n’est sans rappeler l’art animé d’un certain Jan Švankmajer, artiste tchèque lui aussi travaillé par le principe même de « possession créatrice » via un principe d’animation image par image qui repose autant sur le façonnage artisanal d’objets nouveaux que sur l’interpénétration de plusieurs matières organiques. De là à ranger Robert Morgan dans la A-List de ses fils spirituels les plus dignes, il n’y a qu’un pas à franchir sans hésiter.

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

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