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L'ÎLE AUX CHIENS

Un film de Wes Anderson

Un brillant film d’animation japonisant aux résonances politiques

Suite à une épidémie, l’ensemble des chiens de la ville de Megasaki est envoyé sur une île entièrement recouverte de déchets. Mais le fils de celui-ci, Atari, 12 ans, ne l’entend pas de cette oreille et compte bien récupérer son chien Spots. Après volé un avion, il s’écrase sur l’île, où il fait la connaissance de 5 chiens qui vont l’aider dans ses recherches...

Film d’ouverture du dernier Festival de Berlinal, le nouveau film signé Wes Anderson, est un film d’animation, tourné en stop-motion, avec des figurines humaines aux visages de cire et des chiens à l'allure étrangement carrée, dont les yeux font passer bien plus d’expressions que l’allure. Si le réalisateur avait déjà exploré le genre avec "Fantastic Mr Fox" il y a quelques années, il fait ici preuve d’une rigueur graphique (les plans zénithaux ou panoramiques sont sublimes) et d’une imagination des plus fécondes. Il nous offre ainsi non seulement une aventure passionnante, au ton régulièrement décalé, mais aussi une percutante parabole sur la xénophobie.

Sur une musique d'Alexandre Desplat, aux rythmes de tambours traditionnels japonais, il nous emmène sur une île jonchée de déchets où sont envoyés tous les chiens contaminés, et sur laquelle s'engage, entre un humain réfractaire aux idées d’exclusion et une bande de chiens, une quête aussi rythmée qu’amusante. Après un prologue permettant de relater la lutte fratricide entre chats et chiens, ainsi que les décisions des humains vis à vis des chiens, l’action commencer. Supposant un instant le chien garde du corps, mort dans sa cage (on y retrouve un malheureux squelette), ce sont ensuite de multiples rencontres qui vont jalonner cette histoire en quatre chapitres (Le petit pilote, La recherche de Spots, Le rendez-vous, La lampe d’Atari), permettant au passage de donner à voir des décors hallucinants, telle une étrange grotte faite de bouteilles colorées, un hallucinant téléphérique, ou des vestiges d’installations humaines.

Au cœur du récit, les flash-back ne manquent pas, expliquant le passé des uns ou des autres, et facilement identifiables, tout comme les reportages télévisuels récurrents, en animation traditionnelle. Avec un mordant certain et un décalage délicieux entre la manière de s'exprimer très élaborée et la nature canine des héros (ceux-ci exposent leurs doutes avec un flegme très british, ou exposent face caméra leurs petits problèmes du quotidien...), Wes Anderson propose ça et là des poses dans l’action. Il en va même de son petit récit romantique, provoquant des remous au sein du clan formé par Chief, Rex, Duke, King et Boss.

On entend d’ailleurs l'expression des chiens en anglais, alors que les autres personnages, s’exprimant en japonais, sont traduits en simultané par des traducteurs lorsque cela est en adéquation avec l'histoire (via une conférence ou une émission télé que l’on donne à voir au spectateur...). Véritable réussite en terme d’humour cynique et de parabole sur la xénophobie, le traitement des migrants, les manœuvres politiques, la corruption « acceptable », ou encore la facilité de solutions d'exclusion plutôt que d'intégration, "L’île aux chiens" est un plaisir de cinéma, osant déranger autant qu’amuser. A voir absolument sur grand écran pour bien profiter de toute sa richesse graphique.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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