Parce qu'on en a jamais assez !

Jean-Pierre Jeunet

Réalisateur

Jean-Pierre Jeunet est un modèle de force tranquille, véritable diesel du cinéma français ; chacune de ses réalisations est le fruit d'un travail patient et minutieux.

Né le 3 septembre 1953, à Roanne (80 km de Lyon). On le dit autodidacte, il a débuté sa carrière en réalisant des courts métrages avec un certain Marc Caro, dessinateur, rencontré au Festival International du Film d'Animation d'Annecy. Le duo se rode pendant une dizaine d'années en réalisant quelques courts métrages, ensemble ou pas, qui leur valent plusieurs récompenses. En parallèle de cette collaboration prometteuse, dans le milieu des années 80, Jean-Pierre Jeunet signe en solo plusieurs spots publicitaires et vidéo-clips, comme "La Fille aux bas nylon" de Julien Clerc en 1984.

Sans doute rassurés sur leur talent, Jeunet & Caro nous livrent, en 1991, un premier long métrage, "Delicatessen", et c'est la claque ! L'histoire est dingue, l'univers étrange, burlesque, et lumineux malgré l’atmosphère sombre. Ici le casting ressemble à un florilège de gueules de cinéma plongés dans un décor de bande dessinée. Ces comédiens, rarement vu en tête d'affiche, crèvent l'écran : Dominique Pinon (inséparable de Jeunet, du court métrage "Foutaises" en 1989 jusqu’à nos jours), Jean-Louis Dreyfus, Ticky Holgado, Rufus, seront désormais inoubliables. Le mythe Jeunet-Caro est en route ! Une ambiance atypique, des acteurs fétiches et une poésie qui oscille entre le conte enfantin et le cauchemar effrayant. Le duo enchaîne avec un autre chef-d’œuvre dans la même veine : "La Cité des enfants perdus" (1995), lui aussi servi par une atmosphère steampunk, par quelques gueules déjà vues dans "Delicatessen" et d’autres tout aussi enthousiasmantes (Daniel Emilfork et Ron Perlman en tête).

Jean-Pierre Jeunet s'impose comme un révélateur de talents et un artisan de cinéma. Ce perfectionniste ne compte à son actif que 7 long-métrages réalisés en 22 ans, dont deux en duo avec Marc Caro. Jeunet peut aussi se targuer d'avoir réussi haut la main le test du réalisateur frenchy aux USA. En 1997, il passe aux manettes d'une super-production hollywoodienne, et qui plus est une des plus grosses franchises US : "Alien, la résurrection". S'il ne fait pas le meilleur score au box-office de la saga, il réussit à imposer son style et son équipe (Ron Perlman, Dominique Pinon, Pitof aux effets spéciaux, Caro pour la conception artistique en amont ou encore Hervé Schneid au montage). Non, Jeunet n'a pas à rougir de cet Alien-là.

Plus fort, il revient, 4 ans après, faire une déclaration d'amour mondiale à la France en général et au quartier de Montmartre en particulier. "Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain", carte postale délicieuse et intemporelle de Paris, est la consécration du réalisateur et un succès gigantesque : 23 millions d'entrées dans le monde et plus de 9 millions en France. Cela n'empêche pas Jean-Pierre Jeunet, 12 ans plus tard, de tacler les Américains qui, voulant rendre hommage au film, projettent d'en faire une comédie musicale à Broadway. « Ça me dégoute, je ne veux même pas en entendre parler ! » Il donnera finalement son accord sous réserve que les bénéfices permettent de soutenir l'association Mécénat Chirurgie Cardiaque*.

Il enchaîne avec deux films toujours aussi personnels : avec "Un long dimanche de fiançailles" en 2004, il adapte le roman de Sébastien Japrisot et s’attaque à la Première Guerre mondiale, puis avec "Micmacs à tire-larigot", en 2009, il s’adonne une nouvelle fois avec passion à son jeu de bricolage cinématographique fait d’inventions cocasses, de personnages extravagants et de situations ubuesques. En 2013, Jeunet revient au cinéma avec "L'Extravagant Voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet". Pour son 7e film, Jean-Pierre Jeunet voulait adapter une œuvre existante ; il a choisi le premier roman de Reif Larsen ("The Selected Works of T.S. Spivet"), publié en 2009 aux États-Unis puis en 2010 en France sous le même titre que le film de Jeunet. Cette adaptation raconte le voyage d'un jeune garçon surdoué qui décide de traverser seul les États-Unis pour recevoir une récompense décernée par un jury qui ignore son âge. Et c'est aussi l'occasion pour JP Jeunet de se lancer dans la 3D. Une évolution du 7e art qui devrait lui aller comme un gant !

Filmographie (réalisateur-scénariste, hormis "Alien" comme réalisateur seulement)

Courts métrages
1978 : L'Évasion (coréalisé avec Marc Caro)
1980 : Le Manège (coréalisé avec Marc Caro)
1981 : Le Bunker de la dernière rafale (coréalisé avec Marc Caro)
1984 : Pas de repos pour Billy Brakko
1989 : Foutaises

Longs métrages
1991 : Delicatessen (coréalisé avec Marc Caro)
1995 : La Cité des enfants perdus (coréalisé avec Marc Caro)
1997 : Alien, la résurrection
2001 : Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain
2004 : Un long dimanche de fiançailles
2009 : Micmacs à tire-larigot
2013 : L'Extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet

* L'association Mécénat Chirurgie Cardiaque permet à des enfants souffrant de malformations cardiaques de venir en France et d'être opérés lorsqu'ils ne peuvent être soignés dans leur pays d'origine par manque de moyens financiers et techniques.

Olivier Bachelard Envoyer un message au rédacteur

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