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UN LONG DIMANCHE DE FIANCAILLES

La guerre de l'enfance perdue !!

Trois ans après la fin de la première guerre mondiale, une jeune fille restée persuadée de la survie de son amour d'enfance, part à sa recherche. Elle va retracer son parcours ainsi que celui de ses compagnons d'infortune au cours des trois jours où ils furent abandonnés, pour haute trahison, entre les lignes ennemies…

Le nouveau film de Jean-pierre Jeunet est une pure merveille. Le film d'un aboutissement. Adapté d'un roman de Sébastien Japrisot, a qui l'on doit déjà l'ETE MEUTRIER, il prend le prétexte d'un amour plus fort que l'au-delà pour décrire les atrocités de la première guerre mondiale. Et le réalisateur adapte avec son compère habituel, le roman lui permettant de décrire par le petit bout de la lorgnette, une époque qui lui tient particulièrement à cœur, celle de la 1 ère guerre mondiale.

Et dès les premières images, le ton est donné. Un long plan séquence descend du ciel et plonge dans les entrailles, au sens propre et au sens figuré, de cette sale guerre. La charge émotionnelle supplantant alors celle de ces morceaux de chairs jetés dans l'arène. Mais le réalisateur et son compère ne tentent pas de refaire Il faut sauver le soldat Manech (le fiancé), mais de décrive la guerre d'un seul côté, la rendant encore plus détestable.

Car ils axent leur propos sur l'inutilité des combats et du nombre de condamnés à mort pour mutilation volontaire, exécutés par leurs propres camps, par leurs propres amis. Et dans sa construction, le film retrace à partir de l'enquête, le calvaire et une partie de l'histoire des cinq soldats.

Mais là où Jean-pierre Jeunet réussit un exploit, c'est qu'il ne verse jamais dans le mélo, surtout avec une histoire retracée sous forme de flash-back, en désamorçant les larmes du spectateur par la reprise de l'enquête de Mathilde et de petits moments de drôleries typiquement Jeunet. Surtout qu'il est aidé en cela par des acteurs et des actrices qui incarnent à merveille toute cette galerie de personnages aidés par un physique des plus cinématographique et un talent à fleur de peau.D'autant que la famille de Jeunet s'agrandit avec des acteurs et actrices, qui semblent être nés pour venir tourner avec lui, vu la facilité d'immersion dans son univers.

Il faudrait d'ailleurs une longue feuille pour retracer tous ce casting, mais on peut citer bien sûr, en tête de liste, le personnage de Mathilde « dévorée » par Audrey Tautou, Jodie Foster, Tcheky Karyo et plein d'autres.Ces acteurs qui se débattent dans des décors gigantesques, où les images de synthèses permettent au réalisateur et à son équipe de donner corps à tout leur désir, comme cette grande place parisienne fumant des moteurs de l'époque. Les tranchées nous sont ainsi décrites avec précision, où la boue, le froid transperce l'écran, apportant le seul regret qu'inspire le film : à quand un film français porté uniquement sur ces lieux de morts ?

Enfin le dernier point sans lequel le film ne serait pas cette réussite, est l'image. Travaillée pour lui donnée un ton ocre, vieillot, où les décors, la fureur des combats ressortent magnifiquement bien. Un film chargé d'émotion de bout en bout, où le spectateur passe du dégoût de la guerre à l'admiration de cette fille qui ne lâche rien pour retrouver celui quelle aime, le tout transfiguré par des images superbes et des acteurs brillants.

Guillaume BannierEnvoyer un message au rédacteur

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