Parce qu'on en a jamais assez !

THE WRESTLER

Un film de Darren Aronofsky

Requiem pour un paumé accroc à la gloire

Un catcheur de la ligue amateur tente encore de vivre de ses maigres cachets, qui ne lui permettent même pas, certaines semaines, de payer le loyer de sa camionnette. Alors qu'il vient de faire un malaise cardiaque, il décide de renouer avec sa fille, perdue de vue depuis longtemps...

Darren Aronofsky, auteur du réputé « Requiem for a dream » nous avait laissé sur notre faim, il y a deux ans, avec « The fountain », ceci malgré un visuel et une musique éblouissants. Il revient, le Lion d'or de Venise en poche, avec le portrait d'un catcheur professionnel (Randy robinson dit « The ram »), aussi seul que fauché et en mauvais état. Et il permet, trois ans après « Sin city », de confirmer le retour en force d'un certain Mickey Rourke, qui pourrait rafler au passage un Oscar du meilleur acteur. Musculature intacte, gueule abimée (le visage boursoufflé, la bouche quasi immobile, les yeux pratiquement bridés), corps couvert de cicatrices, cheveux longs et blonds, l'acteur incarne à merveille cet homme que plus rien ne raccroche à la vie, hormis les combats.

Parabole sur la célébrité, le scénario aligne les personnages profonds, dont la petite amie compréhensive (Marisa Tomei) et la fille, déboussolée par un contact inattendu avec son père (Evan Rachel Wood, décidément toujours formidable). Il nous livre quelques scènes impressionnantes sur les dessous d'un dangereux spectacle (lames de rasoir cachées sous les bandelettes histoire de donner au public le sang qu'il attend, deal de produits illicites dans les vestiaires), et les maigres retombées d'une gloire passée (voir la pathétique « convention » des anciens catcheurs). La tension atteint son comble lorsqu'Aronofsky met en abime le spectacle et ses conséquences, montrant en parallèle, le catcheur recousant lui même ses blessures et un combat des plus extrêmes (agrémenté de moult ustensiles: agrafeuses, fils barbelés...) où les pulsions des spectateurs se déchaînent. Entre être un « has been » et continuer jusqu'au bout, il faut sans doute choisir, mais comme le dit Rourke lui-même, quand on n'a pas tenté sa chance, c'est moins difficile que d'avoir sa gloire derrière soi.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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