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MAN AT SEA

Immigrés indésirables

Un capitaine de navire Grec recueille des enfants Farsis, réfugiés, errants en mer sur un petit bateau. Ce geste généreux, réalisé contre l'avis de ses patrons et de son équipage, ne sera pas sans conséquences sur la vie quotidienne à bord du navire. D'autant qu'à terre, personne ne semble vouloir de ces immigrés...

Présenté dans la section Panorama du Festival de Berlin 2011, on espérait que "Man at sea" ferait partie de cette nouvelle vague de films grecs déjantés, à l'humour si particulier, tels "Canine" ou "Attenberg". Mais le film de Constantine Giannaris est une œuvre traitant de l'immigration, qui se veut à forte consonance politique, comme certains de ses récents prédécesseurs, « Harragas » de Merzak Allouache ou « Une fois que tu es né » de Marco Tullio Giordana. Il relate en effet l'histoire de réfugiés iraniens, irakiens et afghans recueillis sur un navire, pour le plus grand malheur du capitaine. Car la présence de ces jeunes gens à bord va semer le trouble, créer des conflits avec l'équipage, ceci d'autant plus que personne, à terre, ne semble vouloir d'eux.

Malheureusement, le réalisateur appuie fortement son propos, notamment en s'appuyant sur le journal de bord du capitaine, fausse bonne idée qui souligne avec maladresse certains discours sur le devoir d'accueil ou sur ceux qui mordent la main de celui qui les a sauvé. Il a eu de plus la mauvaise idée de doubler son récit d'un traumatisme personnel qui ne rajoute rien de particulièrement intéressant. La présence de son ex-femme à bord, élément au départ potentiellement troublant, se transforme en effet peu à peu en piège scénaristique, nous rejouant les lourds parallèles entre œdipe actuel et drame enfoui du passé.

Choisissant de monter son suspense autour du devenir des jeunes gens, il en occulte quasiment toute part de passé et donc de personnalité. Tournant donc au thriller et à l'affrontement entre opprimés et occidentaux privilégiés, le film s'avère de moins en moins crédible au fil du temps. Pour exemple, on citera la mort d'un des membres de l'équipage, véritable armoire à glace, renversé par dessus une rambarde par une « brindille », ou le tir du capitaine sur l'un de ses hommes, dans le ventre (alors que dans la jambe aurait certainement suffi pour servir d'avertissement aux autres). Reste que « Man at sea » est un film qui a le mérite de parler d'immigration, de responsabilité et d'éthique.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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