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I FEEL GOOD

Me too, but so-so…

Jacques est un bon à rien qui n’a qu’une idée en tête : trouver une idée capable de le rendre aussi riche que Bill Gates. Lorsqu’il débarque dans la communauté Emmaüs dirigée par sa sœur Monique, c’est le début d’une curieuse cohabitation entre deux visions du monde très différentes…

I feel good film 2018 image

La paire Delépine/Kervern, cela fait déjà presque deux décennies qu’on s’est familiarisé avec ce qu’elle a pu proposer sur grand écran. Tout en regrettant tout de même le virage tendre et humaniste qui aura fini par supplanter leur ton punk et jusqu’au-boutiste – on parle quand même de la bande du Groland ! Ainsi donc, depuis la sortie de "Mammuth" en 2010, le duo s’est écarté de la patte punk et poétique qui irriguait leurs deux premiers (et meilleurs) films "Aaltra" et "Avida" pour s’en aller chatouiller les fibres de la fable sociale, dans un style plus proche des Deschiens que de Ken Loach. D’une certaine façon, "I Feel Good" constitue un point de non-retour pour eux, tant la régularité de leur style s’est depuis longtemps transformé en cliché (le héros malheureux et/ou asocial qui quitte le consumérisme pour l’anarchie et la tendresse) et tant la cible collée au centre de leur viseur crève le plafond de l’évidence. En s’intéressant ici à un escroc libéral qui manipule une communauté Emmaüs à grands coups de fausses promesses pour son seul profit, c’est évidemment le macronisme et sa politique qualifiée de « foutage de gueule » qui vont ici en prendre plein la tronche. Du moins, c’est l’idée.

Il faut déjà louer les efforts grandioses de Jean Dujardin pour insuffler une vraie dimension pathétique à son rôle d’abruti – sa prestation de yuppie frustré dans un sketch des "Infidèles" l’avait déjà prouvé au centuple. Il faut aussi admirer cette relecture des communautés démunies, que Delépine et Kervern savent magnifier en territoire magique : ici, redonner une seconde vie aux objets, vanter les mérites du recyclage et travailler en groupe pour que ce qui se crée reste beau cimentent un authentique manifeste de la beauté intérieure. Par opposition à cette logique des insoumis, le mythe de la réussite individuelle est décrit comme une psychose – le personnage joué par Dujardin soliloquant ici en boucle jusqu’à l’absurde. Et fidèles à leur humour grinçant, les deux réalisateurs s’arrangent toujours pour caser une grosse dose de folie dans chaque plan, ici millimétré et composé avec un soin maniaque.

Le souci de la chose, c’est que cette charge anti-Macron manque clairement de punch et d’agressivité. On peine à retrouver dans "I Feel Good" un ton anticonformiste et une verve comique capables de marquer les esprits. Les cinéastes voulaient sans doute partir du principe que l’humanisme et la poésie sont devenues les seules armes de résistance face au cynisme ambiant (ce qui est sans doute très vrai), mais en l’état, peu de scènes sont susceptibles de rester en mémoire, et, en raison d’un dernier tiers qui se fait lourdement le tour-operator des idéologies européennes en cendres, le film a tôt fait de faire oublier son contenu lorsqu’on quitte la projection. On se souviendra quand même de la pirouette finale, gonflée et hilarante, qui arrive à susciter la surprise. Le film, lui, donne juste envie de revoir la petite bande du Groland dans un univers plus vénère et provocateur.

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

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