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CRAZY, NOT INSANE

Un film de Alex Gibney

Un documentaire complètement fou…

Retour sur la carrière de Dorothy Otnow Lewis, psychiatre américaine et pionnière dans l’étude du trouble de la personnalité multiple, à travers les souvenirs de ses multiples rencontres avec différents tueurs en série…

Crazy, not insane film documentaire

Après "Citizen K" l’an dernier, le documentariste Alex Gibney est revenu sur l’archipel vénitien pour la Mostra 2020 avec un nouveau documentaire mettant cette fois-ci en lumière la carrière du Dr. Dorothy Lewis, psychiatre américaine qui a été l’une des premières à explorer les troubles de la personnalité multiple et s’est faite un nom notamment pour ses expertises dans des dossiers judiciaires ayant marqué l’histoire récente des États-Unis.

Ce documentaire produit sous l’étendard HBO se révèle particulièrement fascinant, de par son sujet évidemment, mais également de par son storytelling savamment élaboré qui arrive à capter notre attention et ne nous la rend que lorsque le générique de fin débute. Il faut dire qu’en plus du travail de la narration propre aux films d’Alex Gibney, ce dernier est ici bien aidé par les différents intervenants, qui eux aussi font preuve d’un certain talent et d’une certaine aisance dans le storytelling, le Dr. Dorothy Lewis en tête.

Car c’est bien Dorothy Othnow Lewis le cœur du propos, à travers ses travaux et ses recherches bien en avance sur son temps et régulièrement moquées par ses pairs de l’époque. D’ailleurs, le point de vue est quasi exclusivement celui du Dr. Lewis (ou de ses partisans), et les plus puristes pourront arguer d’un manque de multiplicité de points de vue assez paradoxal, lorsque d’une certaine façon, cela est finalement le sujet même du film. Celui-ci se présente en effet plus comme les mémoires de Dorothy Lewis qu’autre chose, la structure narrative étant proche d’un "Citizen Kane", où le Dr. Lewis va se replonger dans ses notes, ses cassettes, ses souvenirs, et où le spectateur va découvrir son histoire à travers ses propres flash-backs et à travers les portraits qu’elle brosse de ses différents patients.

Ceci-dit, ses anecdotes couplées à son talent pour les raconter, arrivent à nous fasciner avec une simplicité déconcertante et on se surprend à avoir hâte de connaître la suite de son récit et de découvrir les autres patients et leurs histoires à la fois tragiques et impressionnantes.

Le film n’est hélas pas non plus exempt de défauts. En dehors d’un manque de nuance et de point de vue (qui est après tout le parti pris du film), certains remarqueront une grosse dichotomie entre l’introduction du film et le reste du développement. En effet, si l’on se rend vite compte que le sujet réside avant tout dans les troubles de la personnalité multiple chez les tueurs en série, le début du film, déjà un peu confus en lui-même, nous présente le fil rouge comme étant la recherche de l’origine du « mal ». Comme le dit si bien le Dr. Lewis elle-même au sujet d’Hitler quant à sa motivation à devenir psychiatre : « Voici un homme responsable de la mort de millions de personnes et qui, à ma connaissance, n’a jamais tué quelqu’un ». Tout cela est finalement laissé de côté pour s’attarder sur le portrait des différents tueurs et patients. L’autre point que certains spectateurs pourraient critiquer, est finalement le manque d’exploration et d’explication (ou à défaut de tentative d’explication) de ce trouble psychiatrique si particulier, ceci malgré des portraits fort fascinants, ce qui contribue au contraste avec la présentation du fil rouge en début du film.

Malgré ces défauts, le documentaire d’Alex Gibney n’en demeure pas moins fascinant, et on prend plaisir à se plonger avec Dorothy Lewis dans ses souvenirs et à rencontrer ses patients et leurs colocataires mentaux. Un documentaire qu’on vous conseille donc, en particulier si le film "Split" de M Night Shyamalan vous a marqué.

Ray LamajEnvoyer un message au rédacteur

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