Banniere-Berlinale-2019

SPLIT

On a vu mieux

Contrairement à ses amies Claire et Marcia, Casey est d'un naturel discret. Mais lorsque les trois jeunes filles se retrouvent prisonnières de Kevin et de ses 23 personnalités, c'est elle qui prend les choses en main pour essayer de s'échapper avant qu'il ne soit trop tard et que la Bête ne vienne les retrouver…

Projeté en ouverture du Festival du film fantastique de Gérardmer, "Split" était un film très attendu, d'autant que "The Visit", la dernière réalisation de M. Night Shyamalan, avait été un véritable succès, aussi bien critique que commercial. On était donc impatients de découvrir ces 24 personnages interprétés par un seul et même acteur, dans un film qui s'annonçait plein de tension et de surprises, comme l’ont été un bon nombre de productions du réalisateur américain. Mais on sort de la salle avec une impression mitigée. On ressent une certaine déception, malgré toutes les qualités que l'on peut trouver au film.

Car des qualités, il y en a ! En premier lieu, les deux acteurs principaux dont il convient de saluer la performance. On connaissait déjà bien James McAvoy, notamment pour son interprétation du professeur Charles Xavier dans la seconde trilogie "X-Men". Quant à Anya Taylor-Joy, elle fait clairement partie des étoiles montantes dans le cinéma de genre, puisqu'en 2016, on a pu la voir dans "The Witch" – présenté la même année à Gérardmer – ou encore dans "Morgane". Deux acteurs qu'il était très intéressant de voir évoluer ensemble. Et le moins que l'on puisse dire c'est que le résultat est explosif ! McAvoy réussit avec brio à nous familiariser avec ses principales personnalités par ses postures, ses expressions et les variations de sa voix. Chez Anya Taylor-Joy, tout passe dans le regard. Elle crée une proximité et une empathie avec le spectateur alors même que ses prises de parole sont relativement peu fréquentes, de par la situation et la psychologie de son personnage.

La mise en scène est elle aussi très réussie. Malgré un espace restreint – puisque la majeure partie de l'histoire se déroule dans la cellule où Kevin a enfermé ses prisonnières –, Shyamalan parvient à créer un univers et à mettre en images des situations sans se contenter du minimum. Mais alors, en quoi ce long-métrage est-il décevant ? Qu'est-ce qui justifie la déception que l'on ressent lorsque les lumières se rallument dans la salle ? On reste un peu sur notre faim car il nous manque quelque chose pour être entièrement satisfaits.
En réalité, c'est parce que le film ne va pas au bout de son concept que l'on a cette impression de gâchis. On attendait "Split" comme un long-métrage relatant une schizophrénie XXL avec un personnage qu'il serait absolument impossible de situer, ce qui aurait pu créer une tension intéressante. Malheureusement, ici, il n'y a pas vraiment de suspens, les personnalités de Kevin nous expliquent assez rapidement comment elles fonctionnent et ce qu'elles cherchent à accomplir avec ce kidnapping. Résultat, on attend en vain un twist – marque de fabrique de Shyamalan – qui aurait pu relancer l'intérêt du film. Vous l'aurez compris, ce qui manque à "Split", c'est sans doute un peu d'ambition et de folie. L'envie de faire quelque chose de vraiment différent.

Ce manque est représenté par un seul personnage ! Le Docteur Karen Fletcher, la psychiatre de Kevin. Elle sert d'interlude pour séquencer l'histoire et nous explique également comment fonctionne Kevin et ses personnalités. Au-delà de ça, son apport au film est négligeable. En revanche, elle pèse sur la narration car elle vient ajouter de nouveaux éléments, de nouvelles situations et de nouveaux enjeux qui éloignent un peu le film de son propos initial. Dommage qu'un réalisateur aussi brillant que M. Night Shyamalan ne soit pas parvenu à pousser son concept à fond. On aurait aimé mettre une bien meilleure note à "Split".

Adrien VerotEnvoyer un message au rédacteur

Laisser un commentaire