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BAMAKO

Un cri de secours étouffé par une forme extrêmement pénible

Des représentants de la société civile africaine intentent un procès contre les institutions internationales dont la banque mondiale, accusée d'accentuer les problèmes liés à la dette…

Bien sûr, Bamako assène un bon nombre de vérités concernant la situation des pays africains. En première ligne, on trouve l'importance de la dette et de l'asphyxie que provoque son rééchelonnement, plongeant chaque pays dans la dépendance, et réduisant à peau de chagrin les investissements dans les budgets (la dette représente en moyenne 40% de celui-ci). En filigranes, on trouve parmi les autres sujets, la privatisation des services publics (eau, santé…), et de l’éducation, faute notamment de revenus suffisants pour les enseignants… Et bien sûr, tout cela fait froid dans le dos.

Mais le choix du metteur en scène de traiter ces thèmes au travers d'un procès, où l'on assiste aux plaidoiries des avocats anéantit l'impact de son message. Car la déclamation devient rapidement pénible. Ainsi la forme nuit gravement au propos, en rendant le discours interminable et sentencieux. Les rares scènes émouvantes, avec le premier passage à la barre, puis la complainte du paysan qui ne peut pas se nourrir des ses propres production, confinent à une touchante poésie, mais sans sous-titre pour le deuxième, paraissent bien vains.

Et ce ne sont pas les quelques moments hors de cette cour où a lieu le procès, ou l'indifférence des gens de la maison, qui offrent une réelle ouverture sur l'extérieur, ou une alternative narrative conséquente. L'histoire du quotidien de cette chanteuse et de son homme au chômage, dont le couple se désagrège, peut passer pour une parabole sur le divorce entre deux mondes, sur l'éclatement d'une société où la valeur principale est justement le travail, ou encore sur l'indifférence du monde face aux problèmes de fond. On ne sait pas trop.

Au final, en repassant à "Bamako", on se dit que le reproche a souvent été fait, aux films américains, de privilégier la forme de procès à une réelle intrigue. On peut faire le même reproche au film de Sissako. Et même si lui, ne tombe naturellement pas dans les travers du suspens appuyé, on se dit qu'un documentaire eut été bien plus efficace et percutant.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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