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INTERVIEW

PREMIERE ETOILE (LA)

Journaliste:
« La première étoile » est l’histoire d’une famille qui ne peut pas partir en vacances, accompagnée d’une fine description de la cité, de la misère et donc de la relation à l’argent. Le ski y constitue le déracinement ultime pour une famille antillaise, entraînant la…

© Mars Distribution

Journaliste:
« La première étoile » est l'histoire d'une famille qui ne peut pas partir en vacances, accompagnée d'une fine description de la cité, de la misère et donc de la relation à l'argent. Le ski y constitue le déracinement ultime pour une famille antillaise, entraînant la découverte par une bande de personnes, d'un autre élément que le leur. Quelle a en fait été l'idée de départ du film ?

Lucien Jean Baptiste:
Il s'agit d'un souvenir d'enfance. Ma mère avait organisé un voyage à la neige. Nous avions une paire de ski pour deux. Le fromage avait été acheté avant de partir à « Créteil soleil », vu les prix en station. Et ce voyage vers le Mont Blanc était finalement plus un voyage vers le monde blanc. Mais ma mère avait la volonté de ne pas se laisser enfermer.

Journaliste:
Dans le film, on sent un amour pour les deux pays: les Antilles comme la France...

Lucien Jean Baptiste:
Oui. Je suis arrivé en France à l'âge de trois ans. Tout de suite on vous fait sentir que vous êtes différent. Mais on est obligé de s'adapter.

Firmine Richard:
Nous sommes dans un pays où nous vivons intégrés, mais aujourd'hui il n'y a toujours pas beaucoup de noirs qui vont au ski. Quand je travaillais à la RATP, j'accompagnais les petits, sinon on n'y serait jamais allé au ski.

Lucien Jean Baptiste:
Cependant en parallèle à la scène du concert de la fille, j'ai moi-même récité « Ma France » étant petit. J'ai même gagné un pare-soleil, le troisième prix. Mais je ne me suis rendu compte que beaucoup plus tard de la portée de cela...

Journaliste:
L'humour et la tendresse vous paraissent élémentaires pour parler de choses graves ?

Lucien Jean Baptiste:
Il n'y a pas vraiment de calcul en la matière. Il y a un père, des enfants, un voyage. Cela parle de « comment on fait » pour réaliser ses rêves quand on n'a pas d'argent, et puis du contraste noirs / blancs. Il s'agit de choisir entre lutter ou abandonner. Dans le premier scénario, c'est la mère qui emmenait les enfants en vacances, mais finalement l'idée du père maladroit avec les petits autour qui arrivent à avancer, permet aux gens de piocher ce qu'ils veulent. Et puis il y a « bonne maman », c'est la mère antillaise, gardienne du temple, des valeurs, qui l'accompagne une dernière fois en vacances. Et il y a Firmine. « Firmine c'est un peu 8 femmes à elle toute seule » !

Journaliste:
Justement, il y a aussi les tantes, avec lesquelles la mère garde contact, même par téléphone. Est-ce que vous n'avez pas eu envie de prolonger la relation avec elles ?

Firmine Richard:
Ce sont en fait plutôt des amies. Certaines se retrouvent pour jouer au poker, elles, ne font que prier.

Lucien Jean Baptiste:
Je n'ai rien inventé. Elles demandent aux gamins « tu fais la prière avec nous ». Certaines entrent en transe avec le Rhum. On y prie pour les autres, pour la famille, même dans la cité...

Firmine Richard:
Mais tous les noirs n'ont pas les mêmes origines. La scène du salon de coiffure est assez caractéristique de la guéguerre entre les antillais et les africains. C'est une question de papiers et d'Histoires. Ca n'a rien de méchant, mais il s'agit de marquer la différence.

Lucien Jean Baptiste:
Quand j'étais petit, j'étais fier, j'avais acheté des affaires de ski. Puis il y a eu une engueulade avec une vendeuse antillaise qui affirmait que le ski c'était une « chose de blancs ». Tout ce qui est noir n'est pas afro ou antillais. Longtemps les antillais ne savaient pas qui ils étaient. La créolité, c'est quelque chose de récent.

Journaliste:
Et le personnage de Edouard Montoute dans tout ça, fou de voitures, avec tous les petits détails (comme les petits palmiers à l'avant du tableau de bord)...

Lucien Jean Baptiste:
Vous savez, pour les antillais, il y a un peu le mythe de la voiture...

Journaliste:
Quant à votre personnage, il n'est jamais aussi émouvant que dans ses silences, judicieusement disséminés dans le film...

Lucien Jean Baptiste:
Je n'ai pas voulu en faire un escroc. On a fixé des endroits où il revient à la réalité, où il prend conscience du bonheur qui l'entoure. J'ai voulu mettre en avant les moments de faiblesse de ce grand inconscient.

Journaliste:
Vous avez remporté le Grand Prix du festival de la comédie de l'Alpe d'Huez, dans la neige...

Lucien Jean Baptiste:
Oui. Le public a été touché, sans que l'on donne dans le cliché de la comédie noire. Mais il ne faut pas se relâcher, le film ne sera libéré que le 25 mars.

Firmine Richard:
J'y ai ressenti les mêmes émotions que quand j'ai fait le film. Il y a eu 10mn d'applaudissements à la fin. Et même d'autres lorsque la fille chante Jean Ferra...

Olivier Bachelard Envoyer un message au rédacteur

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