INTERVIEW

POUPEES RUSSES (LES)

S’il n’a pas eu immédiatement l’idée d’une suite, lors du tournage de l’Auberge espagnole, Cédric Klapisch avoue que le distributeur lui en a parlé avant même que le film ne fonctionne. Après le succès de l’Auberge, beaucoup ont eu la même idée. Lui, a dit non pendant plus d’u…

© Olivier Bachelard

S’il n’a pas eu immédiatement l’idée d’une suite, lors du tournage de l’Auberge espagnole, Cédric Klapisch avoue que le distributeur lui en a parlé avant même que le film ne fonctionne. Après le succès de l’Auberge, beaucoup ont eu la même idée. Lui, a dit non pendant plus d’un an. Puis l’idée a germé peu à peu, et a fini par le séduire, à condition d’avoir quelque chose à dire, sur une autre époque de la vie du personnage principal, Xavier (Romain Duris).

S’il ne dit pas non à une autre suite dans 5 ans, il indique surtout que Les poupées russes a failli se faire à Istanbul, une autre ville, à l’image de St Petersbourg, à caractère conviviale, et qui pose question à l’Europe, que ce soit en terme d’élargissement ou d’internationalisation des rapports humains. Si une suite devait avoir lieu, elle pourrait prendre place là-bas.

Les retrouvailles des interprètes ont été incroyables, car comme à Barcelone, la vie de groupe en dehors du plateau, s’est rapidement installée. La ville même de St Petersbourg est forcément pour quelque chose dans l’unité du groupe. Mais le réalisateur précise que Les poupées russes n’est plus un film de groupe, ce qui pourra frustrer certains spectateurs. Il a d’ailleurs sciemment préférer frustrer une partie de son public, plutôt que de refaire le même film, ou de décliner les mêmes thèmes. L’auberge espagnole traitait de l’Europe, et de « l’âge des possibles », celui où chacun fait des essais de vie. Aujourd’hui Les poupées russes permet de retrouver une partie des personnages, et traite d’autres thèmes, plus adultes, plus personnels, et notamment le fait de trouver « la » femme de sa vie.

Pour le rôle de Xavier, déjà présent dans l’Auberge espagnole, il a puisé son inspiration à la fois dans ses souvenirs personnels et dans des éléments qu’on a pu lui raconter. Comme exemple de moment vécu, il cite la course, tout nu dans les rues de Paris, après la jeune femme espagnole. Comme exemple d’invention pure, il choisit la fausse Sitcom Télé, format pour lequel il n’a jamais écrit. Mais, pour Cédric Klapisch, tout élément doit cependant là pour servir un propos.

Au départ, il indique avoir hésité sur le personnage féminin à mettre au centre du récit. Il a tout d’abord songé à celui de Nexus (la jeune espagnole rencontrée à la fin de l’auberge), mais il a finalement pensé que l’échange serait plus riche avec celui de Kelly Rilley (Wendy, l’anglaise). Il avait d’ailleurs, dans « L’auberge », déjà donné à l’actrice l’indication qu’elle devait craquer pour Xavier, ce que Romain ignorait. Et puis le personnage de Wendy est un peu le miroir féminin de Xavier. Elle a un peu la même histoire avec l’américain, que lui avec le personnage de Judith Godrèche.

Le fait que les interprètes se connaissaient déjà avant d’arriver sur le plateau des Poupées, a selon lui, permis d’amener quelque chose de plus au film, car chacun connaissait sa manière de mettre en scène, et son côté parfois brouillon en apparence. Chacun savait également qui était son personnage. Romain Duris lui a d’ailleurs dit qu’après avoir oublié son personnage pendant 3 ans, il est facile de le faire revenir, car inconsciemment, on l’a travaillé intérieurement.

Concernant la mise en scène, il revendique le caractère éclaté du film. D’abord d’aspect évident entre plusieurs pays, il a voulu montrer qu’il règne aujourd’hui une certaine confusion, « une délocalisation sentimentale », et que beaucoup de gens ont des difficultés à choisir, du fait justement de la démultiplication des voies possibles. Quand on lui parle de la magnifique scène où Audrey Tautou explique à son fils qu’on peut avoir plusieurs princes charmants dans une vie, il évoque sa propre expérience, où il a dû expliquer à ses enfants pourquoi il n’est pas resté avec la même mère. Il est d’ailleurs stupéfait de voir que dans les classes de ceux-ci, 50% des gamins ont des parents divorcés. Le fait de confronter ce qu’il vit lui, à ce qu’il observe lui paraît ainsi logique, au travers de ses films.

Et le thème du choix est au cœur de son nouveau. Dans les Poupées Russes, Xavier fait un choix qu’il regrette, il suit son fantasme à Moscou, la top modèle, et son erreur le fait grandir : il dit non à ce rêve. Son film place d’ailleurs plusieurs scènes clés, où les personnages doivent faire des choix, à des carrefours, au sens propre du terme, au milieu de la circulation ou des flots de passants. Cédric Klapisch précise que dans l’Auberge, il y avait plus une idée de parcours, et qu’ici, les carrefours sont une simple image, celle de cette multiplicité des choix, qui devient problématique, en cette époque de zapping.

L’idée du titre, avec son concept d’emboîtement, lui semblait aussi devoir insuffler des principes à sa mise en scène. A l’imbrication des temps, il ajoute une référence aux Milles et une nuits, où une personne raconte une histoire dans l’histoire. Il avoue, plus concrètement, avoir utilisé fréquemment le principe du cadre dans le cadre, avec notamment les miroirs dans le train, ou les fenêtres dans les appartements.

Le thème du temps est aussi au cœur de son histoire, avec les rapports entre générations, mais aussi entre pays, qui ont changé. Qu’il s’agisse de l’Allemagne ou de la Russie, toutes deux ont changé d’image, et selon lui, on voit bien, en visitant St Petersbourg, que l’Europe ne date pas de la CEE dans ce pays là. Pour revenir sur les rapports entre générations, il indique qu’il regrette d’avoir dû retirer la scène de la mort du grand père, qui fournissait à Xavier une raison de revenir vers Wendy. Mais c’est un choix, fait à un moment donné.

Rappelant que l’année suivant L’auberge espagnole, les inscriptions aux programmes Erasmus ont doublées, il dit être satisfait d’avoir fait de la pub pour ce système, qui permet une ouverture à d’autres. S’il est conscient que son nouveau film aura moins d’impact sur la vie concrète des gens, il espère qu’il aura tout de même une résonance plus personnelle.

Olivier Bachelard Envoyer un message au rédacteur

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