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ZONA SUR

Mépris

Dans un quartier riche de La Paz, en Bolivie, des enfants de bonne familles, gâtés, évoluent et affichent leur mépris pour le petit personnel. Le fils, adolescent, baise avec sa copine dans une des chambres, et la fille, allongée dans l'herbe du jardin, caresse une de ses copine, à l'abri d'un bosquet. Seul le plus jeune communique encore avec le majordome...

Doublement primé à Sundance, ce film bolivien révèle un nouveau venu, Juan Carlos Valdivia, dont la maîtrise du cadre est absolument indéniable et force d'emblée l'admiration. D'une fluidité absolue, sa mise en scène laisse vagabonder une caméra, pivotant lentement (vers la droite en général, ce qui en agacera peut-être certains, passant pour un tic), pour mieux faire découvrir au spectateur des lieux d'une richesse apparente et évidente, dans un pays principalement désertique.

Les acteurs, interprétant la mère et les 3 enfants d'une famille aisée, le majordome Wilson et la bonne Marcelline, évoluent avec un naturel impressionnant dans ce cadre mouvant. De temps à autre, la caméra survole aussi cette maison de riches. Doucement, tel un témoin discret se faufilant dans les moindres recoins de chaque pièce, le réalisateur surprend des conversations et met en évidence une immense fracture sociale, l'oisiveté, la luxure et les déviances liées au jeu ou au sexe, tout en pointant le mépris à peine voilé pour les classes inférieures.

Mais son histoire, comme un jeu de rôle éternel entre dominants et dominés, n'oublie pas de souligner qu'une situation financière, n'est pas forcément éternelle. Brillant, sur la forme, comme sur le fond, "Zona sur" fustige l'abandon de toute autorité parentale, la facilité du média argent, l'exploitation des personnels de maison, montrant au passage la naissance de classes de parvenus parmi les natifs indiens, qui ne semblent pas agir avec plus de tact. Un ensemble de constats qui font froid dans le dos, à l'image de ce dernier plan séquence dont la longueur n'a d'égal que les sensations d'inquiétude et de distance qu'il génère.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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