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UNE FEMME DOUCE

Un film de Sergei Loznitsa

Le long calvaire d'une épouse au fin fond d'une Russie corrompue

Après qu'un colis destiné à son mari, lui ait été retourné, une femme entreprend le voyage jusqu’à la ville où celui-ci est emprisonné. Souhaitant obtenir des explications qu'on lui refuse, elle va persister et devenir la proie de tous les profiteurs du coin...

Le réalisateur ukrainien des oniriques "My joy" et "Dans la Brume" installe son nouveau récit sous le régime Russe, décrivant le calvaire d'une femme à la recherche d'un contact avec son mari emprisonné. En adaptant une nouvelle de Dostoïevski, Sergei Loznitsa aligne ici implacablement une série de portraits montrant une Russie miséreuse et corrompue jusqu'à la moelle, chacun tirant partie de la misère ou de la détresse de l'autre.

D'une guichetière des postes des plus méprisantes à une police corrompue, en passant par ds passagers de train peu civiques ou une patronne de taverne menant son petit business, les portraits ne sont pas tendre et l'accumulation finit par avoir l'effet contraire de celui escompté. Le summum du malaise est cependant atteint lors d'une sombre scène où les policiers la menacent, tout en commentant une agression au niveau de la qualité du combat, au lieu de faire leur travail et d'intervenir. À moins que ce ne soit dans la peinture pathétique de défenseurs des droits réduits à des souffre douleur par une population complice.

En faisant se succéder ainsi des scènes plus ou moins réussies et dérangeantes, en faisant s'estomper la lumière au profit d'une obscurité galopante, Loznitsa prépare lentement son final, rendant le spectateur plus ulcéré que le personnage principal lui-même, qui reste désespérément passif. Malheureusement certaines scènes tirent particulièrement en longueur (la beuverie...) ou ne sont pas d'une grande utilité (la discussion avec le chauffeur de taxi). Et le final, onirique et cynique, qui convoque tout ce petit monde dans un véritable cauchemar, enfonce à l'excès le clou sur la réalité d'un pays. Au final, cette charge pesante et sans demi mesure ni contre point ne convainc guère.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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