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TROIS VISAGES

Un film de Jafar Panahi

"3 Visages" de femmes iraniennes

Après avoir reçu une vidéo alarmante de la part d'une jeune fille, fiancée contre son grès et que sa famille empêche d'aller faire des études, une célèbre actrice iranienne demande à son ami réalisateur de l'emmener dans le village de celle-ci...

Après l’excellent "Taxi Téhéran" (Our d’or à Berlin en 2015), le réalisateur iranien Jafar Panahi, interdit de tournage dans son pays, est revenu à Cannes en compétition, offrant aux spectateurs un voyage dans l’Iran reculé, au cœur d’un village typique de montagne. Partant du désir d'aider mais aussi surtout de savoir ce qu'est devenue une jeune femme, prétendument suicidée dans une vidéo tournée au téléphone portable, Jafar Panahi concocte une série de rencontres, entre famille, amies, voisins, qui révèlent progressivement la condition de la femme iranienne et à la fois contraste et parallèle entre un Iran populaire et le pouvoir central.

Moins inspiré et radical dans son dispositif de tournage que dans "Taxi Téhéran", Panahi fait cependant un clin d’oeil initial à son précédent film. En effet, centré sur sa passagère, la caméra donne à voir, durant une bonne partie du voyage, l’intérieur de la voiture, la route, le coffre, cette femme (Behnaz Jafari) qui a abandonné un tournage pour entreprendre cette expédition, ceci sans jamais montrer le conducteur. Sortant au bout d’une vingtaine de minutes de ce dispositif, il montre ainsi la manière dont ces deux personnages s’ouvrent à ce monde lointain d’un Téhéran urbain, mais avec lequel ils sont forcément en contact au travers de leurs films.

Révélant ainsi "Trois visages" de la femme iranienne, entre résignation, frustration et espoir, le metteur en scène, qui n’a pas pu faire le déplacement à Cannes, décrit également ici la différence de perception des artistes, entre saltimbanques qui s'amusent, idoles respectées et dangereux dissidents. Il s'amuse aussi avec les croyances ancestrales et l'image de la virilité, tout en proposant également une parabole pertinente (au travers de la circulation sur une route étroite) sur la manière dont les règles sont souvent établies, évitant ainsi de trouver une vraie solution à un problème. Prix du scénario ex-aequo avec l’excellent "Heureux comme Lazarro", son film oscille entre drame et comédie ironique, et se pose en fine observation des contradictions du pays.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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