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SOLEIL TROMPEUR 2: L'EXODE

Un film de Nikita Mikhalkov

Une suite décevante... mais à suivre

En 1936, le général Kotov a été envoyé dans les camps par l'agent de KGB Arsentiev, pour le compte de Staline. En 1941, celui-ci réussit à s'échapper lors d'un bombardement. Laissé pour mort, il incorpore l'armée en tant que simple soldat, persuadé que sa fille et sa femme sont mortes dans un camp de travail. Mais sa fille est bien vivante et, devenue une « pionnière ». Apprenant que son père est vivant, elle s'est engagée dans l'armée comme infirmière...

Lors de sa présentation en compétition au Festival de Cannes 2010, quelle ne fut pas la surprise des festivaliers lors de l'apparition à la fin des 2h30 de "Soleil Trompeur 2: L'exode" de la mention "fin de la première partie". Programmé le même jour et aux mêmes horaires que "Soleil trompeur" en 1996, année où le film a reçu le Grand Prix, coiffé au poteau pour la palme d'or par "Pulp fiction", le film sera en effet suivi d'un « Soleil Trompeur 3: la citadelle ». Ce nouveau long métrage de Nikita Mikhalkov (« Le barbier de Sibérie », « Urga », « Nadia », « 12 ») est une fresque familiale sur fond de guerre, mettant en parallèle les destins du général Kotov et de sa fille, cherchant chacun à retrouver l'autre. Ici point de datcha bercée par une lumière d'été, point de romantisme échevelé, juste les fantômes d'un bonheur passé, représenté par des extraits du premier film, plutôt bien choisis, car ils constituent dans le fond, pratiquement les meilleurs passages. Le ton a donc radicalement changé et le cadre aussi.

Si certaines scènes de batailles sont absolument renversantes, comme le passage des chars allemands sur les tranchées, ou le bombardement du bateau de la croix rouge, c'est surtout la critique d'un système qui fait mouche, au travers de dialogues qui pointent des absurdités évidentes (le régiment de soldats parfaits d'1m83, les cuillères gravées larguées par avion...). Malheureusement dans sa grandiloquence, Mikhalkov n'évite pas quelques excès dans la tragédie, avec notamment une improbable scène de viol, avec trois allemands, observée de loin par Nadia, qui ménage un suspense morbide qui n'a pas de raison d'être.

Malgré les qualités esthétiques du film (la scène d'ouverture, tout de blanc saturée, autour du gâteau d'anniversaire de Staline, est un modèle de cauchemar-éveillé), on a bien du mal à se passionner pour la lutte de ces deux êtres, dont on ne sent quasiment plus le lien. Le danger est présent tout autour mais se fait presque artificiel. Au final, on ne peut s'empêcher de se dire que l'auteur s'est lourdement trompé. S'il souhaitait représenter la dureté de la guerre, il n'avait pas besoin d'y plonger les protagonistes de ce qui reste son chef d'œuvre, d'autant que donner le rôle de sa fille adulte, une nouvelle fois à sa vraie fille n'est pas vraiment une réussite, vu sa piètre qualité de jeu.

Car l'intérêt de « Soleil trompeur » n'était qu'en partie dans la complicité naturelle d'un père et de sa fille, visible à l'écran. Il résidait surtout dans la double dimension politique et humaine liée à l'affrontement feutré entre un général et un agent du KGB, le premier ayant « dérobé » le grand amour du second. Cette bouleversante histoire de passion et de vengeance ne trouve en rien son échos ici, d'autant que la femme est quasiment absente du récit. Espérons donc que la deuxième partie (le volet 3), si elle est toujours centrée sur le père et la fille, fera plus de place aux conséquences du premier volet sur les vies de l'amant et de la femme.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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