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LE SEL DE LA MER

Un film de Annemarie Jacir

Demander des comptes

Une palestinienne née aux USA décide rentrer en Israél pour découvrir la terre de son grand père, aujourd'hui décédé...

Voici un film palestinien qui risque de diviser. Parce qu'au delà des visions d'une maintenant usuelle absurdité, à l'image de l'éprouvante scène de questionnement et de fouilles humiliante qui ouvre le film, le personnage principal ose explorer des des recoins de fierté blessée et demander réparation des souffrances subies et des biens spoliés. D'emblée, le scénario du « Sel de la mer » affiche la volonté d'un retour au source, d'une exploration nostalgique d'un pays rêvé, raconté au travers de jolies évocations d'un grand père décédé, parcourant les rues de Jaffa, jusqu'à la mer. Puis, en documentaire réaliste, le récit aligne les signes d'occupation, montrant des contrôles de nuit durant lesquels l'homme qui l'accompagne se retrouve nu, ou disséquant la manière dont l'Etat israélien décide de qui est palestinien ou non, délivrant uniquement des visas touristiques à des descendants pourtant légitimes.

C'est lors de l'entrée en clandestinité dans Jaffa que le film prend une autre tournure. D'abord celle d'une bouffée d'oxygène, parodie de liberté, puis celle de la colère. Colère face à un Etat qui a tout confisqué, même les compte en banque, et face à des habitants qui ne se demandent même plus à qui appartenaient les maisons dans lesquelles ils vivent. Si la scène durant laquelle l'actrice, explose, libérant sa colère, peut paraître excessive, la réalisatrice réussit bien mieux les moments ironiques (comme avec la leçon donnée dans des ruines... sur comment les Israéliens ont « redonné vie à cette terre biblique »). Malheureusement, l'escapade qui tourne à la cavale n'est au fond pas très convaincante, et s'en tenir aux traces du grand père eut été peut-être plus judicieux. Reste que le film procure certaines émotions fortes, jusqu'aux vertiges en bordure d'une mer à la douceur fantasmée.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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