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SATIN ROUGE

Un film de Raja Amari

Un film fort et juste

Lilia est une mère tunisienne modèle, possessive et garante des traditions. Son mari décédé, elle surveille sa fille en permanence, pour sauvegarder l'honneur de celle-ci et éviter à la famille une perte de réputation. Face aux nombreuses soirées que sa fille passe à étudier chez une amie, et après une nuit où elle découche, elle décide de la suivre à un cours de danse du ventre. Observant celle-ci qui échange regards et sourires avec un musicien, elle se doute q'une liaison les unis. Elle se rend alors dans le cabaret où ce dernier joue tous les soirs...

A partir d'une histoire qui peut, en occident, sembler banale, Amari nous raconte la révélation d'une femme à la vie, sa libération progressive de normes sociales pesantes (relations de voisinage oppressantes, surveillance réciproque, dénonciation…). Son héroïne trouve débauche et défoulement, dans ce cabaret, où elle va se laisser aller, à danser. Le contraste entre l'ambiance feutrée de l'extérieur ou de la maison et la déferlante de couleurs et de sensations de la fête au cabaret est très saisissant. Il fait ressentir la contrainte subie par l'héroïne. Petit à petit, la mise en valeur progressive de l'héroïne (cheveux, coiffure, tenue vestimentaire…) révèle la femme sensuelle et belle qui se cachait sous la veuve et son image lissée.

D'un initial choc des générations (l'incompréhension entre la fille et la mère), la réalisatrice fait une histoire beaucoup plus polémique en s'attaquant au symbole de la femme, qui plus est veuve, dans la société tunisienne. Là où le film frappe fort, c'est dans la mise en évidence de l'hypocrisie ambiante. Les hommes (par ailleurs quasi absents du récits…) sont donneurs de leçon le jour (l'oncle, visiteur pratiquant impromptu) et fêtards lubriques la nuit (les clients du cabaret). Et la femme est là, en objet, respectée uniquement dans le milieu auquel elle appartient : celui du jour ou celui de la nuit. Elle, n'a pas le droit, comme l'homme de se partager. Et notre héroïne fera le choix de cette dichotomie obligée, entre deux vies entre lesquelles elle a l'obligation de choisir, mais ne peut naturellement s'y résoudre.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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