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LA RAGE AU VENTRE

Un film de Antoine Fuqua

Boxe, déchéance, rédemption, et patati et patata…

En plus d’une belle carrière de champion du monde de boxe, Billy Hope mène une vie heureuse en compagnie de sa femme et de sa fille. Mais cette vie s’écroule le jour où sa femme est tuée. Ruiné et dépossédé de sa maison, il perd aussi la garde de sa fille en raison d’un comportement jugé instable. Un ancien boxeur, Tick Willis, va devenir son allié pour le faire reconquérir son titre de champion, accéder à la rédemption et retrouver la garde de sa fille…

Doit-on s’étonner que la promotion de "La rage au ventre" ne soit focalisée que sur Jake Gyllenhaal, les premiers extraits laissant entrevoir de sa part une prestation hardcore et furieuse ? Clairement non, et après avoir vu la bête en action, on confirme qu’il y avait bien de quoi adopter au contraire une attitude passive. Ceux qui sont un minimum familiers du film de boxe post-"Raging Bull" savent à quel point ce genre très prisé obéit en général à un canevas surcodifié (en gros, « boxer est une revanche sur la vie », « la rédemption s’acquiert par le combat », ou un truc dans le genre…) et à une caractérisation des personnages qui l’est toute autant (le sportif, l’entraîneur blasé, l’adversaire provocateur, la copine aimante, etc…). Ceux qui sont un minimum familiers de la patte Fuqua savent à quel point ce réalisateur, pourtant loin d’être manchot, décline en général les mêmes ingrédients : quartiers urbains mal famés, performance d'acteur qui déchire, montage de clip de rap qui irrite, clichetons à gogo... Ceux qui sont familiers des deux camps ne s’étonneront pas de les voir se réunir ici… et de tirer très vite une vilaine grimace.

On va commencer par le point fort qui n’étonnera personne : oui, Gyllenhaal est une fois de plus excellent, fidèle à son image de caméléon multi-supports et habité comme peu d’acteurs en sont capables. Le point faible du film n’est pas unique, puisque il s'agit en fait de tout le reste : un récit prévisible de A à Z au bout d’un quart d’heure, des répliques et des situations aussi lourdes que chez Ken Loach, une mise en scène dont l’absence d'originalité bloque toute émotion, et surtout, des arcs narratifs peu crédibles. On a déjà du mal à gober l’idée d’un champion du monde de boxe qui se retrouve obligé de réapprendre les bases de son sport après une déchéance de quelques semaines (un peu comme si on demandait à un mathématicien de réapprendre les additions après un trauma personnel !), mais ce n’est rien à côté d’un boxeur à la ramasse qui, à la suite d’une simple victoire en combat caritatif, remonte illico sur le ring des professionnels pour affronter le nouveau champion du monde. Des raccourcis que l’on peine à laisser de côté, et qui, à l’inverse de films très maîtrisés comme "Rocky Balboa" ou "Raging Bull", ne sont ici que le signe d’une écriture bâclée, pour ne pas dire fainéante.

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

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