Banniere-Berlinale-2019

PARDÉ

Le refus d'abandonner

Sur le bord de mer, un homme est déposé par un taxi, et se dirige vers une maison pour s'y installer avec son malicieux chien. Peu de temps après, une femme se réfugie dans la même maison, suite à ce qui semble être une fête sur la plage...

Difficile de faire le tri, au sein de ce nouveau film de Jafar Panahi ("Le cercle", "Sang et or"), qui mêle un semblant de récit, diverses allégories, et l’apparition du cinéaste lui-même, mettant en avant sa difficile situation. Mais le film, triste en diable, à la limite du désespoir, peut cependant être vu comme une sorte d’étendard, un message signifiant son refus d'abandonner son art comme la vie. N’en déplaise aux autorités iraniennes, l’auteur ne se suicidera pas et continuera à filmer, même si aujourd’hui il est toujours assigné à résidence.

Le voici donc qui livrait, en février dernier, sa nouvelle co-réalisation (avec Kamboziya Partovi, l’homme au chien dans le film...), après "Ceci n’est pas un film" (réalisé lui avec Mojtaba Mirtahmasb), et qui repartit du Festival de Berlin 2013 avec le prix du meilleur scénario. Réflexion sur sa condition de prisonnier en son propre pays, doublée d'un pied de nez douloureux à une envie de suicide, le film ne manque pas d’humour, tout en étant sous-tendu par une réelle tension. Offrant une parabole sur l'isolement progressif et l'incapacité croissante à faire confiance aux autres, le film met en scène deux personnages qui pourraient très bien être des créations de l’auteur lui-même : l’homme se coupe du danger mais aussi de la réalité en occultant les vues avec des rideaux, mais aussi ses souvenirs (les affiches des films de Panahi, accrochées aux murs...) ; et la femme, qui a écrit des rapports sur des gens, devient elle-même une sorte de faucheuse qui persécute l’autre personnage...

D’ailleurs Panahi lui-même entre dans le jeu, tout comme ses amis cinéastes qui lui rendent visite, et les préparatifs d’un nouveau tournage se font jour (repérage via un iPhone, jeu de miroirs...), écartant par moments les deux personnages. La vie continue donc, et la présence du réalisateur et de son double alternent à l’écran, de manière fluide... Si son corps est enfermé, son imagination n'est donc pas morte, et le processus créatif persiste. Huis-clos cérébral, "Pardé" n’offre que quelques vues sur l’extérieur, l’essentiel de l’action se déroulant à l’intérieur de cette grande maison aux multiples vues masquées par des rideaux noir. Dévoilant l'état mental de son auteur, son premier plan (une vue sur la mer au travers d'un grillage disposé devant une baie vitrée), semble affirmer qu’il dispose toujours d’une fenêtre sur le monde, certes partielle et restreinte, mais toujours lumineuse et belle.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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