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ON THE ROCKS

Un film de Sofia Coppola

Une parenthèse légère et agréable

Laura et Dean sont mariés et ont deux enfants. Le jour où la première soupçonne le second d’infidélité en raison de ses nombreux déplacements professionnels, elle reprend contact avec son père Felix, riche et extravagant, pour organiser une filature à travers New York et en avoir le cœur net…

On the rocks film

Sortie le 23 octobre 2020 sur Apple TV+ France

Après trois films particulièrement en demi-teinte (un "Somewhere" replié sur lui-même, un "Bling Ring" à fond dans la frime et des "Proies" pas troublantes pour un sou), on avait fini par croire que le cinéma de Sofia Coppola avait perdu pas mal de sa superbe, et que la magie de ses trois premiers films ne serait plus qu’un lointain souvenir. L’annonce de la sortie d’"On the Rocks", petit film produit pour la plateforme Apple TV+ avec l’immense Bill Murray de retour chez elle dix-sept ans après "Lost in Translation", n’avait même pas réussi à faire renaître l’espoir. Or, si le retour en grâce n’est pas au rendez-vous, la sympathie jamais feinte du résultat fait largement figure de compensation. Disons-le d’entrée, on ne trouvera ici rien de neuf par rapport au tout-venant de la « comédie douce-amère new-yorkaise » telle que pratiquée par le gratin du cinoche indépendant local, de Woody Allen à Noah Baumbach. Le récit centré sur cette jeune mère de famille (délicieuse Rashida Jones) lancée dans une filature loufoque de son mari (surprenant Marlon Wayans) en compagnie de son extravagant playboy de père (amusant Bill Murray) tient sur une ligne narrative que la belle Sofia se contente de suivre avec application, lâchant ici et là d’amusants ressorts comiques – notamment une interpellation par les flics – et se servant de la filature comme d’un prétexte pour orchestrer les retrouvailles progressives entre un père et sa fille.

Avec tout ça, et en y ajoutant la ressemblance troublante entre la réalisatrice et son actrice, on ne met pas plus de cinq minutes à guetter dans "On the Rocks" l’exercice favori de Sofia Coppola : projeter sur l’écran des bribes de sa propre existence, que ce soit le rapport au patriarche ou la vie de famille, au travers d’une intrigue parfaitement autonome. Et ce sans avoir besoin de circonscrire sa mise en scène à cette tentation de l’autofiction déguisée et d’imposer son point de vue en ramenant tout à elle au détriment des autres composantes de son projet – là-dessus, c’est clair, elle ne mange clairement pas du même pain que notre Maïwenn locale. Pour autant, si l’on y repère les fétiches inamovibles de son cinéma (dont le groupe Phoenix à la bande-son), "On the Rocks" fuit la prétention comme la peste et ne vise pas autre chose qu’un petit divertissement sentimental, léger, attendrissant et proche d’un cinéma très cocooning dans l’âme, qui se regarde avec un plaisir tout sauf dissimulé. D’où une petite parenthèse certes sans génie mais pas sans charme, qui doit presque tout à la délicatesse de son filmage et à l’émotion suscitée par son trio vedette. C’est déjà pas mal.

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

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