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NI LE CIEL NI LA TERRE

Mysticisme et rationnel se confrontent en terrain hostile

Dans le Wakhan, en Afghanistan, au coeur d'une zone sous contrôle international, une troupe de soldats français est en proie à des disparitions inexpliquées…

Quel plaisir de découvrir un film français sur un conflit armé récent ! C'est encore plus délectable lorsqu'il s'agit d'une œuvre atypique comme celle-ci. "Ni le ciel ni la terre" est le premier long métrage de Clément Cogitore qui a choisi de prendre les opérations militaires françaises comme toile de fond de ce drame paranoïaque.

Dans l'attente du retrait de leurs troupes dans une région afghane du Wakhan, des soldats français disparaissent la nuit un à un et de façon mystérieuse. Mutineries, enlèvements, exécution et dissimulation de corps..., toutes les explications sont envisagées mais Cogitore a l'intelligence de ne pointer vers aucune d'entre elles. Car ce qui l'intéresse, c'est plutôt les réactions des troupes face à l'inconcevable. Dans ce contexte, le capitaine Bonassieu s'emploie à garder le commandement de son unité tout en gardant la tête froide et en prônant un esprit logique.

Le personnage du gradé, interprété par un Jérémie Renier portant littéralement le film, ne croit qu'en ce qu'il voit. Au fil des contacts avec la population afghane, qu'elle soit alliée ou ennemie, on assiste à un choc des cultures très intéressant entre les Français, très cartésiens et ne sachant pas comment réagir face à ce phénomène, et les autochtones convaincus du mysticisme des lieux. C'est d'ailleurs lors d'une scène entre les troupes et un jeune garçon afghan, contant la légende expliquant les disparitions, que le film prend tout son envol.

La première partie installe habilement deux personnages que sont le capitaine Bonassieu et le soldat William (Kévin Azaïs). Elle sert également à crédibiliser les actes et les réactions du capitaine. Dépassé par la situation, mais ne se remettant jamais en question, ce dernier s'engouffre dans une insanité qui le force à atteindre les limites de son commandement. Mettant un point d'honneur à retrouver chacun de ses hommes, ses décisions le mèneront à traiter avec les Talibans.

Paranoïa, hallucinations collectives, tensions et doutes se mêlent et s'entrechoquent dans une atmosphère à la fois captivante et envoûtante. Cogitore livre donc un premier film unique et incroyablement intriguant. Un film, qui plus est, doté d'une réelle ambition plastique.

Alexandre RomanazziEnvoyer un message au rédacteur

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