Parce qu'on en a jamais assez !

MR SIX

Un film de Hu Guan

Tout juste navrant

Mr Six est une sorte de justicier moderne. Il menace un voleur à la tire, s'en prend à deux jeunes racailles à bicyclette, et intervient dans une altercation entre un SDF et des policiers. Respecté dans son quartier, il part à la recherche de son fils qui doit de l'argent pour avoir abîmé la Ferrari d'un membre de gang...

Présenté en clôture du Festival de Venise 2016, ce film chinois aux multiples effets, entièrement voué à la gloire de son héros principal, sorte de justicier symbolisant la sagesse de la maturité, nous propose de suivre les aventures de ce héros misogyne et donneur de leçons pendant plus de deux longues heures. « Mr Six » commençait pourtant plutôt bien, comme le portrait d'un homme vieillissant, sorte de sage reconnu par tous, aidant son prochain dès qu'il le peut. Malheureusement le parcours de cet homme "droit" et sans reproche, convoquant tradition et manière "ancienne" de régler ses comptes (comprenez face aux gangs de jeunes sans règles ni véritable honneur), apparaît bien vite comme un film réac, dénigrant en permanence les jeunes générations (forcément des glandeurs, des enfants gâtés, ou pire, de gros ingrats...) et vantant le "c'était mieux avant" au travers des agissements "dans les règles" de son héros.

Le problème par-dessus tout est que cet homme, au paternalisme rapidement insupportable, est non seulement un misogyne de première (les railleries sur sa pseudo compagne, toujours mise à l'écart quand on parle sérieusement, car après tout "ce n'est qu'une femme"), mais est aussi bourré de préjugés envers les autres, dès lors qu'ils n'agissent pas comme il l'espère. À la recherche d'un moyen pour libérer son fils, kidnappé, la mobilisation de son propre gang est annoncée comme le clou du spectacle, et repoussée jusqu'au final des 2h15 de cet interminable navet. On a droit alors à des ralentis aussi inutiles que la musique est envahissante, marquant la longue agonie d'un personnage qui n'aura créé aucune empathie. Un supplice pour le spectateur.

Rajoutez à cela de nombreux effets et surtout certains plans inutiles proches du ridicule et le désastre est complet. On trouve ainsi des moments qu'on imagine comme relevant d'un comique ou d'une symbolique qui nous échappe, de la mort soudaine de l'oiseau qu'on n’avait pas revu depuis le début, au plan sur le chat qui miaule en pleine scène d'action. Mais le summum est atteint avec l'échappée de l'autruche façon "Forrest Gump". Les enjeux personnels sont rapidement balayés pour revenir au besoin d'action, ce qui n'empêche pas au final « Mr Six » de manquer cruellement de souffle.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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