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LE VOYAGE DU PÈLERIN

Un film de Robert Fernandez

Convertir le spectateur ?

Dans la ville maudite de Corruption, où l’homme est aliéné par son travail, le Superviseur mobilise ses hommes alors qu’un homme (Éclaireur) a disparu. Mais Chrétien, faisant parti des hommes chargés de débarrasser la maison de ce dernier, trouve là-bas un livre, qu’il se met à lire en secret. Il décide alors subitement de partir à son tour, pour trouver la cité céleste dont on aperçoit la lumière de loin…

Le voyage du pèlerin film animation image

Il faut attendre la fin de ce métrage pour savoir clairement d’où provient ce récit, sorte de road movie suivant un homme sur le chemin d’une certaine liberté. Écrit en 1600 et quelques par un pasteur (John Bunyan, prédicateur baptiste), il est présenté en conclusion comme « le livre le plus influant après la Bible ». Il s’agit aussi d’un parcours initiatique et spirituel, prônant certes la liberté, la résistance face aux épreuves de la vie, mais aussi au final, surtout, l’accomplissement dans une vie après la mort.

Pourvu d’une voix-off, d’abord féminine pour raconter sur fond d’aquarelles la légende de la ville de Corruption, puis liée aux agissements du personnage et à son intérieur, son usage omniprésent s’avère vite pénible. D’autant que l’aspect moral et religieux transparaît au travers dans la plupart des scènes, le film se suivant alors comme un récit d’aventures plombé par un discours pontifiant, martelant nombre de valeurs elles-mêmes aliénantes au final.

On apprendra ainsi, entre une bataille face à un géant ou une plongée dans le bourbier du découragement, que par exemple « les larmes apportent la clarté »… Vous l’aurez compris, ici tout est sur-signifiant, des lieux (le château du désespoir…) jusqu’aux noms des personnages rencontrés, de Facile à Lois, en passant par les interrogations mêmes du héros, faites à haute voix (« mais quand vais-je enfin apprendre ? »...

Côté animation les mouvements des personnages sont assez peu fluides, tandis que les textures (notamment les mains ou visages) restent minimales. À ranger dans la même catégorie que "L’étoile de Noël" sorti il y a deux ans, en plus didactique, "Le voyage du Pèlerin" ressemble avant tout à un objet marketing visant potentiellement à convertir le spectateur plus ou moins jeune, en proie au doute ou à la recherche d’un sens à l’existence. Les obstacles surmontés ne sont pas inintéressants, les décors finissent par atteindre une certaine beauté lorsqu’ils s’éloignent du réel, mais l’enrobage religieux et moral est bien peu digeste. Dommage, car les aventures de ce pèlerin avaient de quoi donner un merveilleux film d’aventures.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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