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LA NUIT DES ROIS

Un film de Philippe Lacôte

Un conte qui raconte peu de chose

À la MACA, une prison aux mœurs et coutumes particulières et sacrées, un jeune détenu est nommé « Roman ». Lors d’une nuit de lune rouge, il doit raconter une histoire et captiver les autres détenus jusqu’aux premières lueurs du jour, ou un funeste destin l’attend…

La nuit des rois film

Avec son second long métrage de fiction, dont il signe également le scénario, Phillipe Lacôte ("Run") nous propose une plongée dans la MACA, la plus grande prison ivoirienne (elle existe réellement) et nous expose ses codes et coutumes bien particulières, le tout en reprenant une structure proche de celle du conte "Les Mille et une nuits".

Malheureusement, si l’idée de départ peut paraître alléchante, cette transposition des "Mille et une nuits" devient au final le gros point faible de l’écriture. En effet, l’un des enjeux principaux du film réside dans le fait de savoir comment Roman va réussir à tenir la nuit entière avec son histoire, afin d’éviter une mort horrible. Or, contrairement à Sheherazade qui ponctuait ses différentes histoires de cliffhangers pour attiser la curiosité du prince et repousser son exécution, ici on se rend vite compte que Roman gagne du temps en racontant différentes histoires. Ses histoires se veulent liées, mais n’ont en fait que peu de rapport les unes avec les autres, et s’avèrent remplies d’incohérences, comme le fait d’ailleurs remarquer un des prisonniers. Et ceci conduit à un détachement progressif du spectateur, puisqu’on se dit que de toute façon, il trouvera une solution tarabiscotée pour prolonger son histoire et donc survive, rendant l’enjeu finalement complètement superficiel.

A cela s’ajoutent également tout un ensemble de sous-intrigues, comme la succession de Barbe Noire, ou les états d’âme du chef de la sécurité, qui malheureusement, cumulés à l’enjeu de Roman et aux enjeux de ses différents récits (bah oui il ne faut pas les oublier) crée une dilution du récit délétère à sa dramaturgie et surtout à l’implication du spectateur.

Cependant, si le récit ne parvient pas forcément à décoller pleinement, la description de l’univers et des règles de la MACA est suffisamment bien faite pour intriguer, voire-même captiver, suffisamment le spectateur, ce qui prévient sans doute du décrochage total possible face à des enjeux beaucoup trop variés. Au-delà de ça, la réalisation, si elle peut apparaître simple au premier abord, la caméra filmant ce qui doit être filmé, elle reste bien efficace et assez subtile dans sa symbolique, soulignant l’incroyable travail fait sur les décors. Le seul point négatif revient ici aux quelques codes de comédies musicales parsemés ci et là, dont l’appréciation sera laissée à la sensibilité des spectateurs, mais qui rallongent encore plus un récit qui manque déjà cruellement de temps.

Le jeu des acteurs, lui, est peut-être un peu plus en demi-teinte, puisque, sans jamais complètement tomber dans le surjeu, le sujet du film incite à une certaine théâtralité qui ne s’accorde pas forcément parfaitement avec le médium audiovisuel, même si le tout reste quand même d’un bon niveau et fait vraiment vivre cette prison.

En résumé, "La nuit des rois" souffre avant tout de sa structure narrative un peu particulière, peu adaptée au format d’un film, puisqu’au final, la multiplicité des enjeux et des sous récits aurait plus d’impact dans l’écriture de série que de long métrage, où le temps est bien plus précieux et doit être optimisé au mieux. Ici, cela mène le spectateur à s’impliquer de moins en moins au fur et à mesure de l’intrigue (sans parler des sous intrigues laissées en suspend) et laisse cette sensation à la sortie de la salle d’un film, qui paradoxalement à son propos, ne raconte pas grand-chose (bien qu’il en décrive beaucoup). C’est bien dommage, car l’univers reste fort intéressant et l’on a envie d’en savoir plus sur le fonctionnement de cette prison hors du commun.

Ray LamajEnvoyer un message au rédacteur

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