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KAJILLIONNAIRE

Un film de Miranda July

Une drôle de preuve d’amour

Vieux couple, expert du vol et de l’arnaque, Theresa et Robert ont passé leur vie à apprendre à leur fille, Old Dolio, 26 ans, à en faire de même. Distants, intéressés, ils accumulent les loyers en retard, et lorsqu’ils gagnent des billets d’avion aller-retour pour New York, c’est alors l’occasion d’embarquer dans leurs plans une certaine Mélanie, plutôt douée pour les combines…

Kajillionnaire film movie

"Kajillionnaire" est une curiosité, une comédie douce-amère, dont les personnages sont aussi agaçants qu’intrigants. En effet, dès le début, le couple de vieux briscards, formé Richard Jenkins ("The Visitor", la série "Six Feet Under") et Debra Winger ("Un Thé au Sahara", "Tendres passions"), à la limite des SDF, à l’affût de la moindre arnaque moisie, irrite par sa désinvolture par rapport à leur fille, Old Dolio (Evan Rachel Wood, vue dans "Charlie Countryman", "Across the Universe", ou encore "Thirteen"), paumée notoire, aussi maladroite que désireuse de bien faire. La scène du « bon de massage », qu'elle tente de se faire rembourser, les parents insistant derrière elle, donne ainsi le ton, entre personnages aux abois niveau situation financière et absence totale de vergogne.

Si l’humour humaniste et souvent absurde de Miranda July, plasticienne et réalisatrice remarquée à Deauville avec le très bon "Moi, Toi et tous les autres", puis avec l’étonnant "The Future", est bel et bien présent (voir l’étrange travail de ce trio, à nettoyer une mousse rose sortant des murs d’une usine…), la tonalité de son nouveau film est plus nostalgique. Car se dessine en réalité sur le fond, la question du rapport parents-enfants, le désir d’être aimé, choses que le personnage d’Old Dolio expérimente dans une certaine douleur, en étant utilisée, exploitée, et malmenée, au fil des arnaques qui s’insinuent dans le fonctionnement même de cette famille dysfonctionnelle. La conclusion, mêlant avec intelligence désenchantement et espoir, vient racheter quelques longueurs et apporter enfin un minimum de baume au cœur, tout en faisant contraster complicité des parents et solitude de leur fille.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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