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GRÂCE À DIEU

Un film de François Ozon

N’ayons pas peur d’avoir peur… et de parler

Alexandre est un père de famille catholique vivant Lyon avec sa femme et ses nombreux enfants. Découvrant que le prêtre qui a abusé de lui aux scouts de Saint-Luc a retrouvé une paroisse localement et s’occupe notamment du cathéchisme, il décide alors de contacter l’Eglise afin de faire connaître son cas, espérant non seulement des excuses, mais surtout que cet homme ne soit plus en contact avec des enfants…

Grâce à Dieu film image

François Ozon était forcément attendu au tournant avec un film sur la pédophilie au sein de l'église, basé sur les cas qui valent actuellement au Cardinal Barbarin de Lyon d'être poursuivi pour non dénonciation de crimes. La sortie du film a d’ailleurs finalement été autorisée, malgré deux procès en référé, le procès principal actuellement en cours et dont le film traite devant voir son verdict énoncé le 7 mars prochain. Quelques mois après le percutant "Les chatouilles", le sujet délicat de la pédophilie revient donc sur le devant de la scène, sous un autre angle, permettant à François Ozon de construire un film à la fois clinique et juste, émouvant et citoyen.

Et l’auteur de films aussi divers que "8 femmes", "Le temps qui reste", ou "Dans la maison" de centrer toute la construction de son film sur la notion de parole. Celle justement qui prend un caractère thérapeutique et militant tout au cours du film, à l’image du nom donné à leur association par les victimes elles-mêmes : « La parole libérée ». Faisant initialement place, grâce à un système de voix-off, à toute la correspondance entre les victimes et l'église, par lettres ou par mails, celle-ci prend de plus en plus de place oralement au fil du récit dans la bouche de chacun des intervenants.

A l’opposé, Ozon éparpille avec minutie les rares flash-back (il n'y en aura que quatre dans tout au long du film), qui eux sont emplis du silence des victimes, seul le père Preynat prononçant quelques mots pour les guider vers l’ignoble. D’aspect certes clinique dans sa forme, mais bouleversant sur le fond, "Grâce à Dieu" pointe ainsi l'importance des mots pour mieux questionner les notions de justice, de pardon, mais aussi de foi. Un film nécessaire, qui doit énormément à son casting, remarquable, alliant l’apparente rigidité (Melvil Poupaud), la bonhomie fragile (Denis Menochet) et une volonté à toute épreuve (Swan Arlaud), malgré des rôles inégaux en importance.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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