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LES CHATOUILLES

Chronique vibrante et onirique sur une femme en pleine renaissance

Devenue danseuse, Odette vit d’excès et de relations sans lendemain. Traumatisée par un passé douloureux, elle décide enfin de révéler son lourd secret à sa psychologue, premier pas d’une reconstruction nécessaire…

La pièce "Les Chatouilles ou la danse de la colère" avait fait grand bruit au moment de sa présentation au Festival d’Avignon en 2014, puis lors de ses dates parisiennes transformées en triomphe public, jusqu’à obtenir un fameux Molière. Seule, sur scène, Andréa Bescond racontait les attouchements sexuels subis durant son enfance. Avec Éric Métayer, déjà metteur en scène du monologue, elle a décidé de raconter une nouvelle fois cette histoire, son histoire. Si pour ce passage sur grand écran, le propos s’universalise, les extravagances se multiplient, la rage reste identique, celle d’une jeune femme bloquée dans le passé et cherchant un exutoire dans la drogue ou les relations sans lendemain. Parce qu’à l’âge de dix ans, le meilleur ami de la famille, celui-là même qui l’invitait chaque été à venir avec eux en vacances, cet homme ayant réussi professionnellement et dont la famille Le Nadant est fier de pouvoir compter parmi ses amis, a commencé à abuser d’elle.

Œuvre coup-de-poing, poignante et virevoltante, "Les Chatouilles" séduit et interroge avant tout par ses fantaisies visuelles, ses digressions nécessaires pour arpenter le chemin de la reconstruction. Brisant les contraintes de lieux et de temps, invitant les spectateurs à suivre la protagoniste dans les méandres de son esprit et de ses rêveries, le métrage est une plongée saisissante dans le psyché d’une victime murée dans le silence depuis trop de temps. Le trait est parfois très appuyé, les prises de risque scénaristiques ont tendance à nous égarer, mais toutes ces audaces ne sont que le reflet des agitations du personnage principal, une explosion non maîtrisée mais tellement salvatrice d’émotions après tant d’années à laisser son âme dépérir. Et Andréa Bescond de faire des merveilles dans le « rôle ».

À l’image du titre, oser la dérision et la légèreté pour retracer de tels événements était un pari indéniablement périlleux. Si la mise en scène témoigne d’un véritable désir de cinéma, aidant ainsi à relever le défi, les dialogues trop verbeux et écrits ont, eux, tendance à dénoter avec la forme aussi originale de l’ensemble. Mais ces quelques errements de dramatisation, couplés à des personnages pas toujours très bien esquissés (on a notamment du mal à comprendre la cruauté de la mère), ne sauraient en rien effacer les nombreuses qualités d’un film atypique et profondément humain. Plus que sa dimension esthétique, ce drame lumineux capture magnifiquement les sentiments contradictoires d’un être meurtri, entre colère et culpabilité, tout comme les réactions parfois ambivalentes d’un entourage préférant privilégier l’ignorance à la « honte sociale ». Et si cela n’était pas suffisant, la scène bouleversante de Clovis Cornillac dans la voiture vaut en elle-même le coût d’une place de cinéma.

Christophe BrangeEnvoyer un message au rédacteur

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