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EXIL

Un film de
Avec

Un travail mémoriel en perpétuelle redéfinition

Sur le travail de cinéaste, Rithy Panh n’en aura donc jamais fini avec son passé de jeune rescapé des camps de travail des Khmers Rouges, sans cesse revisité avec une incroyable subtilité à des fins de réflexion et d’approche. On n’était même pas encore revenu intact de "L’Image manquante" – docu récent qui revisitait l’Histoire cambodgienne en utilisant le cinéma comme métaphore et des statuettes d’argile comme outil d’évocation du passé – que le cinéaste revenait alors en Séance Spéciale au 69e festival de Cannes avec "Exil". Là encore, le principe est le même : dessiner un paysage mental à part entière, reflet d’un esprit tourmenté qui se projette sans cesse dans le passé pour pouvoir mieux se définir dans le présent. Et du côté de la métaphore, Panh frappe encore une fois très fort : un simple décor de petite cabane en bois dans laquelle se trouve un jeune comédien. Autour de lui, tout apparaît et disparaît au fil du montage : un nid géant, une mare, des oiseaux de papier, un jardin, un bureau, des nuages en coton, etc. Bref, le monde ne cesse de changer. Mais l’homme au centre de ce décor très étroit, est-ce qu’il change lui aussi ? Et à quoi pense-t-il ?

À travers cette habile mise en espace, Panh laisse couler de source une superbe méditation sur la solitude, la douleur humaine (surtout celle qui résulte de la perte des liens originels) et la nécessité de recourir à l’imaginaire pour se transcender soi-même – et aussi l’art que l’on pratique. Le texte en voix off, signé Christophe Bataille (à qui l’on devait déjà celui qui épaulait les plans inoubliables de "L’Image manquante"), fait ici moins office de paraphrase auditive que de soutien poétique, épaulant l’onirisme des images au lieu de les illustrer. Bien plus que les précédents films de Rithy Panh, "Exil" est l’œuvre d’un artiste bouleversant pour qui l’art est vecteur de pudeur autant que signe de transcendance. De même que Panh n’hésite pas ici à interroger la notion de « société » au sens large, ceci au travers d’un constat sans appel sur le délire révolutionnaire qui habitait les représentants du régime khmer. On pourra certes considérer que le cinéaste peine à livrer des documents d’archive réellement inédit sur les horreurs du régime, la plupart de ceux visionnés ici ayant été pour la plupart déjà découverts dans le tétanisant "S-21". Mais face au torrent d’émotions et de sensations suscitées par ce magnifique documentaire, on aura bien du mal à considérer cela comme un défaut.

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

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