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ENTRE LA VIE ET LA MORT

Un film de Giordano Gederlini

Entre le rythme et l’ennui

Leo Castaneda est un énigmatique espagnol qui vit à Bruxelles, où il travaille en tant que conducteur des métros de la ligne 6. Un soir, il aperçoit son propre fils Hugo qui se jette sur les rails au moment où le métro qu’il conduisait allait rentrer en station. Le regard fiévreux de détresse de son fils le marque tellement qu’il décide d’enquêter sur les raisons de sa mort, sans savoir que ce fils, dont il n’a pas eu de nouvelles depuis plus de deux ans, est impliqué dans une affaire concernant de très violents criminels et surveillée de très près par la police…

Entre la vie et la mort film movie

Il aura suffi que son nom réapparaisse collé au générique d’une poignée de films franco-belges plus ou moins prestigieux et pour la plupart récompensés ("Duelles" d’Olivier Masset-Depasse, "Tueurs" du duo Troukens/Hensgens et surtout "Les Misérables" de Ladj Ly) pour que le scénariste Giordano Gederlini se rappelle fissa à notre mémoire de cinéphile. Car on garde surtout en mémoire le réalisateur qu’il fut il y a déjà plus de vingt ans, à savoir celui de l’inénarrable "Samouraïs", tentative brinquebalante de fusion entre le manga, le jeu vidéo, le cinoche populaire asiatique, les sitcoms AB Productions, les cours de récré du ter-ter et les blagues Carambar pas drôles. De ce gentil nanar en mode « cour d’école », on avait volontiers pris soin de n’accorder aucun crédit à son scénario et à ses dialogues (on s’épargnera du moindre adjectif pour les décrire, histoire de rester poli) tout en relevant mine de rien une certaine maîtrise du cadre et de la mise en scène, aussi gratuite pouvait-elle être. Retrouver le bonhomme aux commandes d’un polar franco-belgo-espagnol drivé par la présence de l’acteur ibérique le plus prestigieux du moment, le tout enjolivé par une présentation en ouverture du festival Reims Polar de cette année, avait de quoi nous réjouir. Du moins avant que l’on ne découvre la bête…

De cette intrigue criminelle centrée sur l’investigation solitaire d’un père autour du suicide brutal de son fils, Gederlini lâche d’entrée une poignée de séquences relativement déliées d’un point de vue narratif pour ensuite recoller peu à peu les morceaux à mesure que son protagoniste tente de rassembler les fragments de sa propre mémoire. Reste que si le réalisateur mène bien son affaire pour disséminer les infos au compte-gouttes, il tend aussi à multiplier les enjeux et les pistes pour ne pas trop savoir quoi en faire. Viennent alors se greffer des échantillons narratifs à base d’ETA, de crâne abîmé, d’armes planquées, de love-story cachée et de conflit paternel mal digéré. Mais à quoi bon si l’idée consiste à ne jamais creuser leur place réelle dans l’intrigue, quand ce n’est pas pour carrément les éjecter fissa ? En cela, on se retrouve face à un scénario qui semble jouer plusieurs cartes avec des enjeux qui se parallélisent à défaut de créer des échanges et/ou des contrastes. Et du côté de la suspension d’incrédulité, "Entre la vie et la mort" nous met carrément à l’épreuve. Passe encore la très grosse facilité scénaristique qui lance les festivités : vu le nombre de stations de métro que compte Bruxelles, il y avait une chance sur cinquante-neuf – sans parler des horaires d’arrivée sur les rames – pour que le fils se suicide sous les yeux de son père ! Passent encore les disputes père/fille à côté de la plaque entre Olivier Gourmet et Marine Vacth. Passe encore la propension du héros à jouer les Jason Bourne quand la situation l’exige. Mais en revanche, cette longue filature qui charpente les trois quarts du récit nous fait surtout nous interroger sur l’utilité réelle du corps policier dans une telle intrigue – soit ils ont un coup de retard, soit ils sont trop repérables.

Il n’y a au fond pas grand-chose à relever en matière de stress et de tension dans ce polar mou du calibre. Gederlini a beau soigner sa mise en image avec une belle photo et faire honneur aux passages obligés du polar vénère, il échoue perpétuellement à créer ne serait-ce qu’une illusion de rythme. On ne sent jamais la brutalité lors d’une bagarre au couteau dans une cuisine, on ne tremble jamais quand le récit dégoupille ses grenades les plus secrètes, et on n’a jamais les sens en ébullition lorsque le cinéaste joue la sophistication graphique (on relève quelques scènes shootées en vue subjective). En clair, on regarde sa montre sans trop se presser de voir débarquer la résolution finale. On pourrait enfin en rajouter quelques couches sur la musique composée par Laurent Garnier (pas transcendante pour un sou), sur la prestation plus que moyenne du casting tout entier (en particulier Antonio de la Torre qui traverse le film tel un zombie hagard) ou sur un climax final plus timoré qu’autre chose, lequel achève de faire retomber un soufflé qui n’aura jamais réellement pris. Entre un rythme en dents de scie et un ennui en ligne droite, le bilan est faible.

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

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