Banniere_Festival_Lumiere_2020

CAFÉ SOCIETY

Un film de Woody Allen

La vie est une comédie... écrite par un scénariste sadique

Fin des années 30. Bobby débarque à Hollywood dans l'espoir de faire sa place. Il espère rencontrer son oncle Phil Stern, célèbre agent qui a un don pour déceler les talents et pourrait lui offrir un job de complaisance, dans un premier temps tout au moins...

En composant progressivement un triangle amoureux, la nouvelle comédie signée Woody Allen, présentée en ouverture du Festival de Cannes 2016, se mue peu à peu en drame ironique. Centré sur l'évolution des êtres et sur l'effacement de certains possibles, le ton de ce nouvel opus, sorte de peinture classique du maître située entre Hollywood ensoleillé et New York plus crépusculaire, finit par séduire sans pour autant réellement surprendre.

On sourira des petites piques concernant l'innocence et la naïveté initiale du personnage principal (Jesse Eisenberg, vivace et trop bavard), apprécié de celle qu'il aime car il ressemble à « un chevreuil pris dans les phares d'une voiture ». Chacun s'amusera aussi des allusions à la religion, depuis des affirmations absurdes (les femmes juives cuisinent toujours trop cuit...) jusqu'à des réflexions plus profondes lors des scènes ou des échanges de lettres avec la soeur (« vit chaque jour comme si c'était le dernier, un jour tu devrais avoir raison » !). La verve de l'auteur est toujours vivace et son esprit donne autant dans la gravité que dans l'espièglerie.

Véritable plus, « Café Socitey » bénéficie d'une direction artistique spectaculaire reconstituant minutieusement le Hollywood des années 30 et ses fastueuses demeures et fêtes, et frappe par la beauté graphique de nombre de ses plans. L'utilisation de contre-jours (dans les jardins, avec la grotte au bord de l'eau...) se fait régulière dans les moments les plus intimes. Quant aux bonnes manières et aux bons mots, ils cachent de plus en plus difficilement les sentiments contrariés des uns et des autres. Si Woody Allen ressasse comme toujours des éléments de sa propre histoire (« la différence d'âge importe peu » en amour...) et s'il ne se renouvelle pas véritablement, il parvient cependant au final à amuser le spectateur (la peinture du gangstérisme passe par un comique de répétition autour du coulage de béton...) autant qu'à lui faire rétrécir subrepticement la gorge.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

Laisser un commentaire