Parce qu'on en a jamais assez !

BIENVENUS !

Un film intelligent sur la capacité à cohabiter

Un père de famille norvégien décide de réhabiliter l'hôtel en faillite qu'il avait en charge pour en faire un refuge pour migrants, espérant ainsi renflouer ses comptes. Mais sa cinquantaine de pensionnaires débarque dans son village du nord du pays, alors que les travaux ne sont pas terminés...

Les scènes d'introduction de "Bienvenus" nous présentent le personnage principal du film comme un arriviste de première, méprisé par sa fille comme par sa femme, et soucieux avant tout de l'argent à gagner, quitte à exploiter un groupe de migrants en soutirant au passage l'argent de l'État. Mais c'est la première scène où les locataires se retrouvent dans l'hôtel, qui donne une idée de toute la dimension du film ainsi que de la tonalité « humour nordique » (et donc « à froid ») qui dominera tout au long du métrage. Devant faire cohabiter les migrants à deux par chambre en attendant que les travaux soient terminés (certaines chambres n'ont même pas de porte) le propriétaire se heurte à l'impossibilité de mettre ensemble un chrétien et un musulman, puis un sunnite et un chiite, puis un homme et une femme... Et ainsi de suite.

Intelligent sur le fond, le scénario explore à la fois la nature multiple des peuples obligé à migrer, les barrières de la langue, les excès du travail au noir, la profonde connaissance de certains des droits internationaux, n'évitant presque aucune question qui fâche, d'un côté comme de l'autre d'une frontière qui semble persister, même une fois dans un pays. Aussi drôles que pathétiques, les situations s'avèrent volontairement cocasses, soulignant les solitudes, la fourberie ponctuelle et bilatérale face à la nécessité, l'envie de vivre mieux et la permanence des bonnes volontés. Autour d'un personnage central longtemps ambiguë et de la menace d'une fermeture de l'hôtel faute d'agrément, devenant cause commune, "Bienvenus" résonne au final comme une comédie désenchantée sur le mirage d'une Europe terre d'asile.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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