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AMEN

Un film de
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Quand Kim Ki-duk s'égare complètement

Présent à Cannes en 2011 dans la section Un certain regard, le cinéaste coréen Kim Ki-duk (« Printemps, été, automne, hiver... et printemps », « Locataires ») y exprimait, au travers d'un documentaire psychanalytique intitulé « Arirang », son désarroi, son incapacité à travailler, et surtout, son envie de cinéma. Une œuvre qui partagea à l'époque les spectateurs, entre d'un côté les critiques d'un discours simpliste et de l'autre les partisans d'un cinéma expérimental qui exploite la composition d'une image de soi et la possibilité du mensonge.

Quelques mois plus tard, Kim Ki-duk était déjà de retour avec un nouveau film, « Amen », en compétition au Festival de San Sebastian, bien loin de ses préoccupations esthétisantes passées. Plus viscéral, mais aussi plus brouillon, ce film permet néanmoins de retrouver certains des thèmes de prédilection de l'auteur : la sexualité et la possession de l'autre, la religion, le dépaysement. Après des débuts répétitifs, la jeune femme frappant finalement dans chacune des portes où son ami n'est plus, le picth devient quelque peu intriguant lorsque, au cours de ses trajets, celle-ci s'aperçoit qu'elle est suivie par son agresseur, celui-ci lui rendant progressivement ce qu'il lui a volé.

Kim Ki-duk développe ainsi une certaine idée du romantisme et de la relation amoureuse (on attend quelque chose de l'autre, mais on lui rend aussi), l’œuvre apparaît malheureusement vite comme une production au rabais, ceci de tous les points de vue (moyens, photo et même mise en scène). Que penser de ces zooms ridicules qui ponctuent les cris désespérés de l'héroïne dans les lieux où l'être recherché est absent ? En tirant les choses par les cheveux, on peut sans doute voir dans « Amen » une parabole sur la propre situation de Kim Ki-duk, cinéaste maudit voulant absolument accoucher d'un nouveau film, quitte à passer pour un metteur en scène moins expérimenté, moins posé, maladroit dans ses compositions.

Reste que tout cela ne convaincra pas le plus fidèle des fans. D'autant plus que l'auteur, usant de ficelles dignes des pires films Z (le filmage en caméra subjective depuis le masque à gaz), qui semble pourtant très bien savoir comment terminer son film, nous invite au passage dans un étonnant et incongru trip religieux. Mais où est donc passée la finesse de cet auteur coréen chouchou des français et des festivals ?

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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