SHE SAID

Un film de Maria Schrader

Les coulisses du scandale

Lorsqu’elles commencent à investiguer, deux journalistes du New York Times sont bien loin d’imaginer que leur enquête sur Harvey Weinstein va permettre de créer un mouvement mondial de libération de la parole, immortalisé par le hashtag #MeToo…

She said film movie

Le cinéma américain aime profondément héroïser certaines professions, et parmi celles-ci les journalistes occupent une place particulière. Depuis "Les Hommes du Président" et les nombreux films sur le Watergate, cette tradition ne s’est jamais perdue. On peut notamment citer les récents "Secret d’État" de Michael Cuesta, "Pentagon Papers" de Steven Spielberg, ou encore "Spotlight" de Tom McCarthy. "She Said" s’inscrit parfaitement dans cette tradition, à cette exception près que le métrage refuse toute forme de sensationnalisme. Il n’y a pas de glorification de ce quotidien, fait d’échecs, de doutes, de mails sans réponse et de nombreux appels dans le vide.

Si la caméra se focalise sur Megan Twohey et Jodi Kantor, les deux enquêtrices en charge de découvrir les véritables agissements du puissant Harvey Weinstein, c’est aussi pour les montrer en tant que femmes, avec une vie de famille, des problématiques anodines à gérer et un dévouement à leur travail qui n’est pas sans conséquence. Évidemment, ce drame signé Maria Schrader dresse en creux le portrait d’une presse qui ne fléchit pas, prête à tout pour sortir la vérité, quitte à subir les pressions des nababs de ce monde. Mais la réalisatrice le fait avec grâce et pudeur, ne cherchant pas à rajouter du spectaculaire dans cette existence redondante et laborieuse. Le film en devient alors saisissant et poignant, d’autant plus avec les prestations étincelantes de Carey Mulligan et Zoe Kazan.

Malheureusement, le classicisme de l’ensemble a tendance à limiter l’entreprise à un simple réquisitoire, certes nécessaire, mais trop souvent mécanique. Probablement trop soucieux de respecter méticuleusement le déroulé des événements, "She Said" oublie un peu de développer son arc dramatique, limitant le vertige à une colère déjà éprouvée depuis les nombreux articles parus il y a maintenant cinq ans. Si l’impact est moins puissant que prévu, ce témoignage d’un moment clé et historique, à l’origine du mouvement #MeToo, n’en demeure pas moins utile et de bonne facture.

Christophe BrangéEnvoyer un message au rédacteur

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