LE BLEU DU CAFTAN

Un film de Maryam Touzani

D'une infinie délicatesse

Médina de Salé, au Maroc. Halim est couturier dans un magasin traditionnel de caftans. Ayant hérité du savoir-faire de son père (un Mâalem), il tente de le transmettre à son nouvel apprenti, Youssef. À l’avant de la boutique, sa femme Mina officie, conseillant les clientes sur les tissus. Halim, en secret, lorsqu’il se rend au Hamman, a des relations avec des hommes. Mais Mina est gravement malade, et se pose donc la question du devenir de leur couple, mais aussi du bonheur d’Halim…

Le Bleu du caftan film movie

Découvert à Un certain regard à Cannes en mai dernier, "Le Bleu du caftan" est passé depuis dans de nombreux festivals, comme Angoulême ou Sarlat, et aujourd'hui Face à Face et Chéries Chéris. Ce film, au sujet universel, empli d'une élégante bienveillance, est une merveille de douceur et de tact, mettant en avant l'amour d'un couple, dont l'une des deux composantes - la femme -, se sait condamnée, et doit trouver la force dans ce sentiment, afin de permettre à l'autre d'être heureux. L’autre - l'homme -, va devoir faire face à sa propre honte, le poids de toute une société, et un sentiment de culpabilité envers celle qu'il a épousé, mais qu'il n'a jamais utilisée à escient, pour envisager un avenir sans elle et assumer ses penchants et ses sentiments.

Autour de l'aspect tactile et chaleureux du tissu, Maryam Touzani (remarquée avec "Adam") installe l'intimité de ce couple, entre gestes appliqués et attentionnés, amour du métier et de ses aspects artistiques, lien à la tradition. Par petites touches, elle développe leur complicité (à la terrasse d'un café, où Mina brave des interdits sans que son mari ne lui fasse de remontrance...), mais montre aussi les attirances de Halim (un plan sur des chevilles et pieds, derrière une porte de cabine de Hamman, suffit à évoquer l'acte sexuel...). Film sur le lâcher prise, qu'il s'agisse de la vie pour elle ou de la honte pour lui, "Le Bleu du caftan" utilise des symboles discrets (les récurrentes mandarines, manière de prendre soin d'elle...) et donne une vraie signification au contact entre deux êtres.

Porté par un duo d'interprètes épatant, ce récit entre initiation et tradition s'avère bouleversant. Saleh Bakri ("La Visite de la fanfare", "La source des femmes"), tout en discrétion et en gestes mesurés, a reçu le Valois du meilleur acteur au Festival d'Angoulême pour son incarnation d’un personnage presque résigné, en quelque sorte réfugié dans un métier dont la précision l'oblige à une abstraction du monde. Lubna Azabal ("Incendies", "Pour la France"), donne corps au courage de cette femme qui voit la vie lui échapper, dépassant ses préjugés pour laisser celui qui reste s'épanouir dans une nouvelle vie. Grâce au trio qu'ils forment avec Ayoub Missioui, tout en douceur, le film nous incite à n'avoir « pas peur d'aimer ».

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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