avec ou sans moustache

INTERVIEW

VICTOR ET CELIA

Pierre Jolivet

Réalisateur et scénariste

De passage à Lyon pour présenter son nouveau film Victor et Célia, Pierre Jolivet revient notamment sur les origines et le développement du projet.

Entretien Rencontre Conférence Victor et Célia affiche
© Apollo Films

Pierre Jolivet explique qu’il se lance dans un projet quand une idée le réveille en pleine nuit ! Pour ce film, ce sont les différentes emmerdes qu’ont rencontré les coiffeurs en bas de chez lui pour monter leur salon qui ont inspiré son récit. Il pense alors à faire un film sur un couple homosexuel qui tente d’ouvrir son salon, mais il trouve que l’idée ressemble trop à "My Beautiful Laundrette" de Stephen Frears. Il reste cependant attaché à son idée sentimentale et décide de mêler deux événements très importants dans la vie d’un trentenaire : la création de sa première boîte et la "grande rencontre amoureuse". Il avait dès le début envie de faire une comédie romantique, genre qu’il n’avait pas traité depuis longtemps ("Je crois que je l’aime", 2006) et auquel sa femme et sa fille lui demandaient de revenir.

Pour lui, ce film est vraiment la rencontre de "Ma petite entreprise" et "Je crois que je l’aime", et il est issu de l’énergie de ses deux coiffeurs et de la sienne. Pour ce film, il a également parlé avec beaucoup de gens qui ont trente ans aujourd’hui. Il a découvert chez eux une véritable volonté de faire les choses, sans l’illusion de faire fortune. Pour ceux qui se sont lancés dans l’artisanat, une volonté de créer quelque chose qui leur plaise, avec des gens qui leur plaisent, avec qui faire le métier comme ils l’entendent. Pour lui, ce film s’inscrit dans un cinéma social des années 40 qui a disparu avec La Nouvelle Vague et qui est, pour sa plus grande joie, en train de revenir aujourd’hui. Il voulait faire un film "vrai", avec de vrais gens, mais qui soit quand même du cinéma et pas du documentaire.

Pour ce qui est du casting, le réalisateur avoue qu’il a eu beaucoup de chance. Alice Belaïdi et Arthur Dupont ne se connaissaient pas. Il raconte sa rencontre avec Arthur. Il lui avait donné rendez-vous dans un restaurant. Il est arrivé et lui a lancé le scénario en lui disant : « Vous le lisez et vous me rappelez », puis il est parti. Arthur est resté abasourdi. Pierre Jolivet est revenu quelques minutes plus tard, ils ont ri ! Le lendemain il a rencontré Alice, le rendez-vous s’est très bien passé. Ils ont discuté pendant deux heures et demi. Il les a rappelés tous les deux. Au bout de dix minutes, Arthur Dupont a commencé à déconner, ce qui a beaucoup fait rire Alice. Leur complicité a duré pendant tout le tournage. Ce dont le réalisateur est le plus fier, ce sont les regards qu’ils s’échangent et leur profondeur.

Au casting du film se trouve également Adrien Jolivet, le fils du réalisateur. Ce dernier explique avec humour qu’il a eu du mal à proposer le rôle de Ben à son propre fils (qui fait par ailleurs la musique du film) car il le "tuait" au bout de cinq minutes ! Il avait même pensé à lui proposer le rôle de Victor, mais pour le financement du projet il avait besoin d’un acteur qui avait le vent en poupe.

Le réalisateur explique que le film a été tourné, monté et mixé très rapidement et que ce fut un projet assez compliqué car il n’a pas eu de prévente auprès d'une chaîne hertzienne. La date de sortie a même été avancée car Alice Belaïdi partait pour un tournage et il voulait qu’elle soit présente pour la promotion du film. Il explique d’ailleurs avoir préféré que le calendrier soit raccourci, afin de ne pas avoir un projet fini entre les bras et dont il faut attendre encore de nombreux mois avant sa diffusion.

Pierre Jolivet exprime son inquiétude pour l’avenir du cinéma français. Suite à la publication du rapport de l’autorité de la concurrence dont les conclusions sont ultralibérales et à la proposition de Gérald Darmanin de supprimer la redevance audiovisuelle, il est pessimiste pour le devenir du cinéma français. Celui-ci n’a survécu jusqu’à ce jour que grâce à l’exception culturelle pour laquelle les présidents français se sont battus. Combat que le chef d'Etat actuel ne semble pas enclin à mener.

Pour Pierre Jolivet, le système français est en sursis et il est impossible d’établir un dialogue pour réfléchir à l’avenir du système audiovisuel français car le président de la République refuse de les rencontrer.

Pour expliquer son inquiétude, il prend un exemple très précis : dans la loi française et européenne, un film est terminé quand le producteur et le réalisateur se sont mis d’accord, or aujourd’hui, sur le sol français, un mastodonte international comme Netflix signe de multiples contrats où en cas de désaccord, le producteur a le dernier mot. C’est selon lui la fin du final cut si ce genre de pratique vient à se généraliser. Il va même plus loin en disant que ce sera la fin de la démocratie quand Netflix, Amazon et Apple auront repris tout le marché, et que cette pratique sera devenue la norme.

Thomas Chapelle Envoyer un message au rédacteur

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