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INTERVIEW

DISTRICT 9

Journaliste:
Votre film commence sous forme d’un documentaire, ce qui est en soit assez commun en ce moment, depuis que des films comme « Cloverfield » ou « Rec » ont ouvert la voie. Pourquoi avoir choisi de commencer de cette façon, et surtout pourquoi ne pas être resté sur ce ge…

© Metropolitan FilmExport

Journaliste:
Votre film commence sous forme d'un documentaire, ce qui est en soit assez commun en ce moment, depuis que des films comme « Cloverfield » ou « Rec » ont ouvert la voie. Pourquoi avoir choisi de commencer de cette façon, et surtout pourquoi ne pas être resté sur ce genre tout du long ?

Neill Bloomkamp:
Eh bien, il s'agit d'un film de science fiction et, en tant que tel, je voulais que tout cela ait l'air aussi réel que possible. Il ne s'agissait pas de suivre un effet de mode amené par d'autres productions mais bien de construire un univers crédible qui pourrait exister de nos jours. En ce qui concerne la seconde partie de la question, il fallait, au bout d'un moment, que le style bascule vers quelque chose de plus de dramatique. Les faux micros-trottoirs et les interviews étaient là pour servir le contexte. Il était impossible de développer ce type d'histoire avec l'intensité que je cherchais via le style documentaire.

Journaliste:
Comment vous est venue l'idée du scénario étant donné que l'on a plutôt l'habitude de voir l'inverse: un groupe d'humains se crashant sur une autre planète.

Neill Bloomkamp:
En fait, nous n'avons pas réfléchi en fonction de ce qui avait été fait dans les autres films. La volonté de départ était de réaliser un film de science-fiction se déroulant à Johannesburg. Et puisque je voulais faire ce genre, on retrouve bien sûr les éléments typiques des films de science-fiction tels que des vaisseaux se crashant sur Terre ou d'autres planètes.

Journaliste:
Comment expliquez-vous qu'aliens et humains parviennent à mutuellement se comprendre alors qu'ils s'expriment usuellement dans leurs langues respectives ?

Neill Bloomkamp:
C'est une référence à l'Afrique du Sud où les gens parlent 11 dialectes officiels différents. Il n'est pas rare de voir deux personnes discuter dans leurs propres langues respectives. Par exemple, un anglophone peut parler à un african qui lui répondra en nigérian mais la communication passe tout de même. L'idée était de jouer sur ce fait.

Sarlto Copley:
Pour ce qui est de l'explication de cette capacité à comprendre les extraterrestres, pour mon personnage par exemple, il est un spécialiste de leur espèce. Cela fait vingt ans, depuis que leur vaisseau est arrivé sur Terre, et il les a côtoyés suffisamment longtemps devenir familier avec leur langue. Cependant, il n'a pas les cordes vocales adaptées pour reproduire les sons qui font sens pour lui.

Journaliste:
A ce propos, le film n'est-il pas une métaphore sur le racisme en Afrique du Sud et particulièrement sur l'Apartheid ?

Neill Blomkamp:
C'est vrai, les références à l'Apartheid sont bien présentes dans "District 9". Il s'agit de quelque chose qui m'a beaucoup marqué lorsque j'ai grandi à Johannesburg. Cela dit, ce n'est pas seulement une analogie avec l'apartheid. Il y a tout un tas de métaphores dans ce film et en particulier cette xénophobie entre noirs qui se développe de plus en plus en Afrique du Sud. Il s'agit des sud-africains noirs envers les africains immigrés venant des pays environnants qui veulent voir ces étrangers partir. Ce qui est l'une des raisons pour lesquelles nous avons choisi le déménagement de "District 9" vers un secteur plus éloigné de la ville comme contexte principal.

Journaliste:
« District 9 » est très fort visuellement parlant. Quelles ont été vos influences ?

Neill Blomkamp:
Je suis vraiment fan des "Alien(s)" de Ridley Scott et James Cameron. Ce sont deux films qui m'ont marqué et qui ont dû énormément influencé mon cinéma, je pense. Il y a certainement beaucoup d'autres films de sciences-fictions qui ont dû transparaitre dans ce film. Qu'en penses-tu Terri?

Terri Tatchell:
Oui, c'est probablement vrai. Pendant le tournage, on a essayé d'éviter de rappeler le style d'autres films, mais bien évidement, en le regardant, on retrouve les œuvres qui ont marquées notre enfance. J'adore "E.T.", "L'invasion des profanateurs de sépultures", "La mouche" et en visionnant le film la première fois, j'ai retrouvé ces références. J'ai l'impression que l'on ne peut rien contre cela, ce que l'on a adoré étant enfant ressurgisseant d'une manière ou d'une autre dans votre travail.

Journaliste:
Le film est premier au Box Office américain, et c’est vraiment remarquable. Alors vous qui avez monté ce projet de toutes pièces et qui connaissez déjà un très large succès, est-ce que vous auriez quelques conseils à donner à de jeunes réalisateurs ?

Neill Blomkamp:
Oui, c’est vrai le film est premier au Box Office et c’est vraiment génial. L’attitude que j’ai toujours eu est de, quoiqu’il arrive, me munir de ma caméra et de filmer. Tout dépend de votre objectif et du métier que vous voulez pratiquer : pour un scénariste, il suffit d’une feuille blanche et d’un crayon et vous écrivez. A partir du moment où vous écrivez, vous êtes un scénariste. J’ai agi comme cela depuis le début et je vais continuer à faire ainsi : prenez une caméra et filmez !

Journaliste:
Il s’agit ici d’un film assez démonstratif, qui en met plein la vue. Toutefois, vous êtes-vous imposé une limite, des choses à ne pas montrer ?

Neill Blomkamp:
Je suis un homme de l’image donc ce qui m’a porté dans ce film est l’aspect visuel. Mon attention s’est portée sur les détails : les armes, les soldats, le corps de l’extraterrestre. C’est ma culture et mon esprit, j’ai tenu à être très précis. Tout comme sur l’aspect auditif d'ailleurs. J’ai voulu aussi que la conception sonore soit riche et détaillée.

Journaliste:
Comment rentre-t-on dans la peau d’un tel personnage, mi-homme, mi-insecte et comment avez-vous vécu cette transformation, intérieurement et extérieurement ?

Sharlto Copley:
Mon entrée en matière pour ce personnage a été nourrie par mon expérience, de ce que j’ai vu de l’apartheid. Je l’ai d’abord vu comme un stéréotype avec ses façons de parler, ses habitudes. Ensuite, progressivement, la question de la posture s’est imposée : l’analyse de la situation a emmené mon personnage jusqu'au désarroi, à l’abattement. Les prothèses et le maquillage ont joué un rôle important et ont accentué la pénibilité de mon personnage.

Journaliste:
Le ghetto, existe-t-il vraiment ou a-t-il était crée ?

Neill Blomkamp:
Il est à 100% authentique. Un repérage par hélicoptère nous a permis de découvrir cet endroit terrible et désolant. C’est un quartier dont l’Etat commence tout juste à reloger les habitants de ce bidonville. Ce que nous avons fait, c’est que pour la partie du bidonville qui allait être libérée, nous avons demandé à louer cette partie à l’Etat pour une durée de deux mois.

Journaliste:
Mis à part l’enfant alien, la quasi-absence d’enfants dans le ghetto est troublante, comment l’expliquez-vous ?

Neill Blomkamp:
La raison expliquant l’unique enfant alien est que cela coûte cher. Le budget ne permettait malheureusement de créer qu’un seul enfant extraterrestre. Pour les enfants humains, il existe des scènes magnifiques avec le personnage joué par Sharlto, qui était entouré par les gamins complètement surexcités par ce tournage, mais ces images n’ont pas été utilisées car nous préférions nous concentrer sur le propos du film. Mais quand je vois à posteriori ce dernier, je me dis que ça manque. Cela aurait été peut-être très bien de voir à quel point les enfants peuvent insuffler de la vie à un groupe.

Alexandre Romanazzi Envoyer un message au rédacteur

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