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DISTRICT 9

Du jamais vu qui en met plein la vue

Le film retrace, à l'aide de micros-trottoirs et interviews d'experts, l'événement mondial le plus marquant de l'histoire de l'humanité: un gigantesque vaisseau stagnant au dessus de Johannesburg depuis plus de vingt ans. Il apparaît qu'à la suite d'une difficulté technique empêchant l'engin de repartir, plus de mille extraterrestres sont devenus des réfugiés, forcés de squatter l'un des plus gros bidonvilles de Johannesburg, le District 9…

Dès les premières images, et même dès la découverte de la bande annonce, on en est certain, on est devant quelque chose d'unique. La nouvelle production de Peter Jackson a créé un tel marketing viral sur la toile que le film était attendu comme le messie par les fans de science fiction, lors de sa présentation à Deauville.

Les premières séquences entremêlent faux reportages, interviews et film d'entreprise de la MNU (Multi-National United). Certes, il ne s'agit pas là d'un procédé vraiment novateur, DePalma l'a fait avec "Redacted" l'année dernière et les images de reporters pris au piège de l'action dans un film de science-fiction ont déjà été exploitées avec "REC". Non, la prouesse n'est pas là. Le véritable tour de force de "District 9" est d'asseoir un "backgroung" complet et complexe à travers ces faux documents comme s'il y avait vraiment un vaisseau stationné au dessus de l'Afrique du Sud depuis vingt ans. C'est en construisant cet univers alternatif extrêmement riche par le biais de médias utilisés pour l'information de masse que Neill Blomkamp parvient à nous immerger dans cette histoire aux lourdes références sur l'apartheid, la xenophobie et la désinformation… mais pas complètement.

En effet, lorsque le style documentaire bascule dans le film d'action, et non plus l'archive, on sent que l'on est plongé trop tôt dans le vif de l'histoire du personnage principal. Le problème réside dans le fait que l'univers créé est tellement vaste que l'on a encore beaucoup trop de questions qui résonnent pendant le déroulement de l'histoire principale, comme par exemple, comment aliens et humains font-ils pour communiquer dans leur propres langues (la réponse figure d'ailleurs dans l'entretien). Une bonne demi-heure de faux documentaire, agrémentée même de fausses rumeurs, n'aurait pas été superflue afin de ne pas nous laisser sur carreau.

Lorsque l'histoire du protagoniste démarre, la caméra est toujours portée façon reportage mais l'on devine quelque part que le reporter derrière la caméra n'existe plus, qu'on assiste enfin au "vrai film". Les images sont alors saisissantes (la scène du test d'armes est tout bonnement tétanisante). Les scènes de confrontations aliens versus humains foisonnent comme dans un "Aliens" de Cameron. "District 9" en met littéralement plein la vue… et même un peu trop parfois. Le réalisateur abuse aussi des plans serrés pendant certaines scènes d'action abusives ce qui rend finalement un aspect fouillis. Enfin, privilégiant souvent l'action par rapport à la psychologie des protagonistes, les choix des personnages nous apparaissent parfois incohérents et Blomkamp n'évite pas les stéréotypes. L'immersion en prend un coup certain.

En résumé, il est certain que "District 9" sera une œuvre qui fera date, et ce, grâce à son univers extrêmement foisonnant ayant beaucoup de résonnance avec notre société. Toutefois, on ressort de la salle avec une certaine frustration de ne pas avoir eu toutes les réponses et toutes les clés pour complètement immerger son esprit dans cette Afrique du Sud envahie. C'est ce qui frêne à pouvoir considérer "District 9" comme une œuvre majeure de la science fiction contemporaine comme par exemple "Blade Runner" ou "Alien" l'ont été à leur époque. Mais gageons que cet univers créé par Blomkamp viendra s'étoffer de suites et pré-quels qui en feront une œuvre complète et passionnante.

Alexandre RomanazziEnvoyer un message au rédacteur

BANDE ANNONCE


bande annonce par filmtrailer.com

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