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INTERVIEW

VIRGIL

© Olivier Bachelard

Alors que son film est décrit par un journaliste, comme traitant des rapports pères-fils et flirtant avec la comédie et le film policier, Mabrouk El Mechri indique qu’il a pioché de nombreuses références dans les films de boxe, et qu’il a souhaité réaliser un véritable « boxing drama » à l’américaine. C’est à travers ces références qu’il expose ses personnages, chacun correspondant à une époque différente, de Robert Wise pour les années 50, à Fat City et les b-movies des années 70. L’écriture a d’ailleurs dû intégrer ces références, avec notamment l’usage de la voix-off, puis, à l’image, un travail sur les différences de couleurs et lumières.

Le problème de communication entre le père et le fils, est bien sûr au centre du film, mais ce sujet est venu postérieurement. Le point de départ du film est en fait le parloir, élément que le réalisateur connais. Mais le gros du travail s’est concentré sur l’écriture des personnages. Jalil Lespert ajoute que les relations père – fille sont également traitées comme quelque chose de difficile. Cela parle à beaucoup de gens, car Virgil est avant tout l’histoire de gens qui tiennent debout, en faisant comme ils peuvent. La boxe n’est finalement qu’un prétexte.

La coïncidence de sortie de nombreux films tournant autour de la boxe ne surprend pas le réalisateur. Ce sport, certainement le plus vu au cinéma, a pour Léa Drucker un côté romanesque, car symbole d’un conflit intéressant, dont le cinéma se nourrit. Ici Virgil n’a pas envie de boxer, il y va pour gagner autre chose : la confiance de son père. Pour Mabrouk, les bons films de boxe, sont ceux qui ne parlent pas de boxe. Dans Ragiong Bull on traite de la jalousie, dans Rocky, du rêve américain, et dans Chock Dee, d’un homme en particulier.

Lorsque l’on aborde la question des indications données par le metteur en scène aux acteurs, Jalil Lespert précise que lui même s’est inspiré de la bande dessinée XIII, pour créer une sorte d’ado mal rasé, portant un Teddy aux manches oranges. Selon lui, la relation entre lui et Emma relève plus d’une sorte de mélange d’inspirations entre les Sopranos et Punch Drunk Love. Léa Drucker indique quant à elle, qu’elle avait déjà fait un court métrage avec Mabrouk, et se sentait donc déjà en confiance, notamment concernant sa manière de raconter une histoire. Dans son personnage, il fallait mettre de la tendresse, mais aussi de la brutalité. Lorsqu’elle repousse Virgil, c’est finalement lui qui apporte de la douceur, tout en restant fortement têtu.

Si on lui reproche un manque de personnages féminins, Mabrouk rétorque qu’il préfère ne pas mettre de personnage plutôt de le « maltraiter ». Il y a ici une seule femme, mais elle est mise en valeur, car décrite à force de non dits, en évitant de nombreux clichés. Jalil Lespert ajoute qu’elle n’a rien d’un faire-valoir, même si elle ses trouve plongée au beau milieu d’un « troupeau de mecs ». Le personnage tenu par Tomer Sisley (Dino) est quant à lui né d’un antagonisme nécessaire avec Virgil. Mais son écriture doit peut 40% de sa consistance à l’acteur lui même. Pour Tomer, ce genre de rôle, souvent ingrat, où l’on met en valeur les deux autres personnages, permet de faire avancer l’histoire. Il estime avoir eu la chance de tomber sur un réalisateur qui le voulait cependant le moins manichéen possible. « Ce mec a une vraie histoire » selon lui, où son monde s’écroule lorsqu’il apprend que son père a acheté ses victoires, alors que la boxe est pour lui une vraie passion.

Les deux hommes ont du subir une intense préparation physique. Selon Jalil Lespert, chaque combat a été basé sur des chorégraphies différentes, permettant d’apprécier l’évolution de la technique des deux personnages. Au début, Virgil est un beau boxeur, fin technicien, puis il devient aérien. Et c’est un peu l’inverse pour le personnage de Dino.

Pour finir, lorsqu’un journaliste s’étonne que le film soit distribué par Gaumont Columbia Tristar, Mabrouk El Mechri indique qu’il a rencontré les représentants de Gaumont il y a 5 ans autour d’un autre scénario, qui n’a pas vu le jour. Ceux-ci avaient cependant aimé le ton, proche de celui de Virgil, et n’ont pas eu d’exigence sur ce dernier film, quant à l’emploi d’acteurs dits « maison ». La grande difficulté a été simplement de trouver des financements auprès des télévisions, qui ont été plus dures à convaincre. Mais pour la Gaumont, ce genre de film constitue une offre complémentaire aux grosse productions qui sont largement bénéficiaires.

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