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INTERVIEW

TROIS COUPLES EN QUÊTE D’ORAGES

C’est dans le cadre du festival Panorama des cinémas européens, que Marie Salazar et Monsieur Mary ont organisé une rencontre avec l’équipe du film Trois couples en quête d’orage. Dans l’un des salons de l’hôtel Roosevelt de Lyon que Richard Otmezguine et Aurélien Recoing nous reço…

© Patrice RICOTTA

C’est dans le cadre du festival Panorama des cinémas européens, que Marie Salazar et Monsieur Mary ont organisé une rencontre avec l’équipe du film Trois couples en quête d’orage. Dans l’un des salons de l’hôtel Roosevelt de Lyon que Richard Otmezguine et Aurélien Recoing nous reçoivent. Echanges en quelques questions.

Journaliste :
Adapter des romans est devenu un peu une habitude pour vous ?

Richard Otmezguine, réalisateur :
Pour le cinéma, non pas vraiment. Peut être plus pour la télévision, mais récemment, il s’agissait plus d’adaptation de pièces de théâtre. En fait j’ai eu beaucoup de projets qui mélangeaient un peu les deux. C’est Audiard qui disait que le matériau a déjà été inventé par les romancier, alors pourquoi tenter d’en créer du nouveau.

Concernant ce film, c’est surtout la rencontre avec le livre qui a été un choc. J’ai ensuite rencontré l’auteur, Duroy, qui a beaucoup aimé mon court métrage Bruit d’amour, et a tout de suite adhéré a ma vision, et nous a cédé les droits, alors qu’ils étaient presque vendus à un autre. Les personnages y étaient déjà humains, et le problème était plutôt de trier dans ce matériau foisonnant, et savoir quoi garder.

Ainsi, une scène comme le voyage au Guatemala, pour aller chercher un enfant prenait beaucoup plus de place dans le livre. Il a fallut réduire cela au stricte minimum, tout en faisant passer la souffrance intime très violente de ce couple qui ne peut pas avoir d’enfant. D’où la scène de tendresse avec la fille de leurs amis, qui est un peu cette enfant qu’ils n’auront jamais.

C’est un peu Tavernier qui a développer cette partie du Guatemala dans son film Holy Lola, même si ce dernier n’est pas adapté du bouquin.

Journaliste :
Quels ont été les changements par rapport au livre ?

Richard Otmezguine, réalisateur :
Dans le bouquin, Olivier s’en sort vraiment parce que Rémi (Aurélien Recoing) est là. Il va aussi aider sa femme, qui est abandonnée, ce que nous n’avons pas développé. Mais également, la fin est plus ouverte dans le film. Mon idée était de laisser entrevoir un renouveau dans la vie de ces personnages. Et de moins centraliser l’histoire sur le couple Olivier / Rémi, qui occupe près de 80% de l’intrigue du livre.

Journaliste :
Pourquoi avoir choisi un récit en flash back ?

Richard Otmezguine, réalisateur :
Certes pour brouiller un peu les pistes quant à l’origine du fait qu’Olivier se déplace en chaise roulante. Mais je n’aime pas qu’au cinéma on montre dès le départ ce qu’un personnage est vraiment. On doit juste attirer le spectateur vers les personnages, leur donner envie de le découvrir. Sans savoir ce qui se passe, on peut alors sentir qu’ils sont chargés d’une histoire. C’est d’ailleurs François Truffaut qui disait qu’il faut traiter les films d’amour comme des polars.

Mais c’est aussi un peu comme dans la vie. Les détails de certains moments ne prennent de la valeur, qu’un fois revécus. D’où cette construction à tiroirs. Le travail du monteur, Jean Dubreuil, a d’ailleurs été à cet égard remarquable. Nous avons dus faire entre 14 et 15 montages pour parvenir au résultat escompté.

Journaliste :
Comment s’est déroulé le casting des personnages féminins ?

Richard Otmezguine, réalisateur :
Ce sont toutes des actrices connues, mais qu’on a finalement peu vu, surtout ces derniers temps. Il y a en France un potentiel incroyable, qui est largement sous exploité. Pour pouvoir monter un film, on doit avoir l’un des interprètes qui passe à la télé, ou l’un des comiques à la mode. Ma productrice et moi devons remercier France 2 Cinéma, qui nous a suivi au niveau du casting.

Laurence Cote, par exemple, voulait casser son image ténébreuse. Je n’aurais en effet pas forcément pensé à elle si je n’avais pas vus Nos enfants chéris lors d’un festival. Pour Samuel Labarthe, c’est un peu la même chose. Je l’ai rencontré lors d’un dîner au festival de Cannes, et cela m’a permis de l’envisager lorsqu’un autre comédien s’est désisté.

Journaliste :
Et vous Aurélien, auriez vous envisager de jouer l’un des deux autres rôles masculins ?

Aurélien Recoing, acteur :
Non, j’ai immédiatement été intéressé par le rôle de Rémi. C’est un personnage généreux, qui fait totalement abstraction de lui. Dans le film, toutes les énergies passent par lui, c’est un peu un chien de berger. Il est le porteur de l’amitié, absolue. Et c’est, comme disait Jules Renard, « il n’y a pas d’amour, il n’y a que des moments d’amour ». C’est un peu ce qu’il organise, des moments d’amitié.

Mais il est aussi un peu un témoin de son temps. Même s’il sort Olivier de sa déprime, il ne lui fait pas de cadeau. Il est dur avec lui, et surprotecteur à la fois. Finalement, son amitié a des exigences, et c’est ce qui fait que les spectateurs peuvent s’identifier à lui, comme cette dame, qui m’a dit en pleurant, « Rémi, c’est moi, je passe mon temps à m’occuper des autres ». J’aime quand le cinéma peut donner des outils pour la vraie vie.

Richard Otmezguine, réalisateur :
C’est amusant comme les spectateurs s’approprient ce personnage. Il représente l’humanité dans toute sa grandeur. A la fin du film, il a terminé son travail avec Olivier, il se tourne alors logiquement vers le personnage d’Hypolite Girardot, qui est maintenant dans la détresse, mêm s’il le cache comme le montre le dernier regard, interrogatif, d’Aurélien.

Journaliste :
Mais il y a aussi beaucoup de générosité chez sa femme…

Aurélie Recoing, acteur :
En fait, ils ne forment qu’un avec rémi. Le réalisateur a volontairement réduit leurs failles, ou leur expression, pour donner cette sensation.

Richard Otmezguine, réalisateur :
Il n’y a pas eu beaucoup de lectures avec Aurélien. Il est arrivé, et il était Rémi. Même avec plusieurs autres tournages entre la lecture du script et notre tournage, il a su garder Rémi au fond de lui. Globalement, les personnages du film sont issu d’un vécu. C’est ce qui fait leur générosité.

Journaliste :
La peinture de l’homme politique moderne et communiquant a-t-elle été difficile ?

Richard Otmezguine, réalisateur :
Non. Nous avons tout de suite pensé à Steve Suissa. Je lui ai dit, « est-ce qu’un Sarkozy ça te plairait ? » Je voulais parler de la nouvelle image du politique, avec un discours de communication, loin des mouvements théoriques et des doctrines. Et finalement, on se trouve face aux mêmes tendances et problèmes consécutifs, lorsque l’on essaye de monter un film.

Olivier Bachelard Envoyer un message au rédacteur

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