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INTERVIEW

TRAVAUX

© Patrice Riccota

On n’attendait pas Brigitte Roüan dans le registre de la comédie pure. Pourtant elle nous explique qu’elle souhaitait un changement qui lui permette d’éviter la catégorisation trop rapide dont font l’objet les réalisateurs. Tout de suite assistée par une Carole Bouquet bien décidée à soutenir bec et ongle ce dernier film, cette dernière nous décrit la réalisatrice comme une bout en train incroyable, et qualifie l’exercice de comédie d’autant plus difficile que le protagoniste de l’histoire est une femme, et que les femmes premiers rôles et comiques sont très rares et difficiles à interpréter.

Et une femme clown selon B. Roüan doit pratiquer l’autodérision, avoir le courage de paraître ridicule, voire irrévérencieuse et désinvolte. Et on a du mal à imaginer une Carole Bouquet dans ce rôle, pourtant … dès son apparition dans la pièce, devant les journalistes, on peut observer une femme pétillante, charmante, enthousiaste, épicurienne, agréable, amusante et amusée, simple, attachante, etc… (les adjectifs manquent presque pour décrire cette femme) qui nous rassurent sur ses aptitudes à la franche rigolade.

Pour la réalisatrice, il est également important de parler de manière légère de choses plus ou moins graves, afin de faire passer un message de manière plus ludique, comme le thèmes des sans papiers, toile de fond du film. D’ailleurs, les 2 scènes de présentation des personnages sont tournées de manière comique voir burlesque, afin d’éviter les clichés des pauvres immigrés en situation précaire. Il s’agit de la scène pendant laquelle le mexicain explique à Carole Bouquet qu’il est en fait un tueur a gages dans son pays et celle où Rhésus explique que son fils s’est fait tuer par des guérilleros. Egalement, ce qui séduisait la réalisatrice, est l’idée de poser une femme filiforme parmi tous ces nounours, leur préparant des tartines. Elle rend très humaniste cette alliance des cultures.

La présence plus que surprenante de Jean-Pierre Castaldi en tant qu’amant de Carole Bouquet peut surprendre et nous a été expliquée de la manière suivante : le responsable du casting n’était pas du tout d’accord, seule la réalisatrice le voulait. Une alliance entre Carole Bouquet et lui semblait impossible voir imprévisible, et c’est notamment pour cela qu’il fut choisi. Le comique de situation est alors devenu énorme : se réveiller avec une gueule de bois à côté d’un beau gosse est tout de même moins drôle que de se retrouver dans les bras d’un Castaldi !

La présence de la magie a parfois dérouté plutôt qu’amusé, notamment dans les scènes de danse pour les plaidoiries de Carole Bouquet. B. Rouan nous décrit ces scènes comme d’un réalisme très intéressant. Selon elle, les avocats pour plaider font une danse des 7 voiles, font la roue, Badinter aurait même dit : « quand je plaide je rentre en transe ! ». Elle n’a fait que rendre en image toutes ces expressions consacrées. C’est donc pour elle, un film réaliste avec des moments magiques comme il en existe dans la vie.

Le côté comique du générique est également abordé en mettant un bémol à la manière dont les noms apparaissent puis s’écroulent ; cet effet sur le nom de H. Balsan a beaucoup choqué l’audience (car le producteur est décédé récemment). Soulignons enfin que l’on sent une réelle complicité entre les deux femmes qui n’ont pas peur d’affronter nos questions bien que l’on sente Carole Bouquet plus à l’aise dans ses contacts avec les femmes qu’avec les hommes. Travaux, s’il constitue un bon divertissement, nous a valu une très belle rencontre.

Véronique Lopes Envoyer un message au rédacteur

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