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INTERVIEW

GRANDE SEDUCTION (LA)

Dans un salon feutré de l’Hôtel Carlton de Lyon, l’équipe de la Gaumont nous présente Jean François Pouliot et Raymond Bouchard, réalisateur et interprète principal du film La grande séduction. Fraîchement arrivés du Québec, leur gentillesse et leur bonhomie, nous donnerons une interview …

© Patrice Riccota

Dans un salon feutré de l'Hôtel Carlton de Lyon, l'équipe de la Gaumont nous présente Jean François Pouliot et Raymond Bouchard, réalisateur et interprète principal du film La grande séduction. Fraîchement arrivés du Québec, leur gentillesse et leur bonhomie, nous donnerons une interview des plus sympathiques de cette année 2004.

Quand on lui demande comment est arrivé ce premier film, Jean François Pouliot, jusque là réalisateur de publicités, répond qu'il s'agit d'un « bel accident ». Le scénario a été écrit par Ken Scott, alors qu'il travaillait sur une série « le plateau », et qu'un des acteurs a du partir pendant près de deux mois, obligeant à l'interruption du tournage. Mais il avoue que cette aventure a été depuis le début suivie par une bonne étoile.

Raymond Bouchard indique qu'il a dû subir une audition, que Pouliot nous décrit. Il lui a demandé s'il ne trouvait pas son personnage incorrect. Ce à quoi l'acteur à du répondre, en défendant les actions répréhensibles de son personnage et en expliquant qu'il ne faisait finalement qu'enjoliver la vérité. Pour Pouliot, il fallait que l'on pardonne tout à celui qui incarnerait Germain. Et donc que l'acteur dégage une sympathie à toutes épreuves. Il fallait aussi que les interprètes ne réfléchissent jamais au fait qu'ils sont drôles. Car ce qui est amusant ici, se sont les situations et les personnages dans ce drame qu'ils vivent. La grande séduction est un feel good movie, qui est basé sur une situation dramatique, forcément. Et les personnages sont du coup pathétiques dans leur recherche de dignité.

Les noms des personnages semblent être à eux seuls des plaisanteries. Mais selon Pouliot, il ne fallait pas que cela soit trop évident. Ainsi, le village s'appelait initialement Saint Loin la moderne. Et pour faire croire à cette réalité, il fallait changer cela. C'est ce qui a donné Sainte Marie, la Mauderne, avec l'accent. Si on lui dit que le film est un peu provincialiste, il répond que le film ne pouvait difficilement être mieux situé que dans ce lieu. Au début, il pensait à des villes minières fantômes. Mais la fierté du pêcheur, qui sort en mer, et résiste donc à un milieu difficile, lui paraissait une bonne base pour poser le contexte de gens brisés dans leur fierté. De même, il lui fallait un médecin qui soit le symbole du faux. Il a donc pris un chirurgien plasticien. Et Raymond Bouchard ajoute que le film est plutôt universel. Les premiers pays qui l'ont acheté à Cannes l'an dernier, sont la Corée et l'Italie, ce qui était plutôt inattendu pour le premier.

Jean François Pouliot ajoute qu'un nouveau mouvement est né depuis quelques temps, puisque les cinéphiles québécois n'allaient pas voir la production nationale. Et l'influence de films comme Les invasions Barbares le permet aujourd'hui. La production se diversifie donc en terme de sujets, et même si le système de vedettariat n'existe pas réellement, il lui paraît bien de faire du cinéma québécois une vedette en soi, et de créer un à priori positif sur celui-ci.

Son film n'a pas réellement comme sujet le refus de la disparition de l'enfance du personnage de Germain. Les flashs back sont surtout là pour créer le contraste avec le désespoir d'aujourd'hui. Pour Raymond Bouchard, c'est plus le fait que sa femme va avoir un travail en ville, et que lui va devoir l'attendre à la maison, qui déclenche la volonté de son personnage. Il a donc des motivations de base extrêmement égoïstes. Il veut éviter le déménagement et l'humiliation. La relation au travail est donc au centre du film. Et le réalisateur indique qu'il souhaitait éviter un film la Walt Disney, ce qui aurait été le cas si les habitants avaient décidé de monter une véritable équipe de cricket par exemple, ou si le docteur et la postière avaient fini ensemble. Ce qui est important ici, c'est la fierté de travailler.

Ce qui fait son cinéma, c'est sa qualité de conteur. Pour lui, une histoire se raconte plusieurs fois : au scénario, puis au tournage, au montage, et enfin à la musique… Ce n'est donc pas un processus intellectuel, mais émotionnel. D'où la difficulté d'arriver à une vision personnelle. Dans le cas de la Grande séduction, il fallait trouver une fin qui convienne à tout le monde. Pour cela, comme la version initiale n'allait pas, il a réuni toute l'équipe et les comédiens, et ils ont trouvé la fameuse ligne « accepterais-tu d'apprendre à jouer au cricket ? », et surtout cette réponse, pas évidente : « Non ». Depuis, la chose paraît évidente, mais ils sont bien incapables de dire qui exactement a trouvé cette réplique.

Le film avait été formidablement accueilli à Cannes, à la quinzaine des réalisateurs 2003. Les gens riaient aux bons endroits, même s'ils ne comprenaient pas certains détails ou expressions. Espérons que le reste du public français saura apprécier ce film venu de nos lointains cousins…

Olivier Bachelard Envoyer un message au rédacteur

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