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INTERVIEW

7 JOURS (LES)

Journaliste:
Comment a fonctionné l’écriture à deux ?

Shlomi Elkabetz:
On fait tout ensemble. Il y a toujours une longue préparation avant de commencer le tournage. On s’enferme dans une maison, tous les jours, on lit, on interprète le texte. On se filme avec une petite camé…

© Les Films du Losange

Journaliste:
Comment a fonctionné l'écriture à deux ?

Shlomi Elkabetz:
On fait tout ensemble. Il y a toujours une longue préparation avant de commencer le tournage. On s'enferme dans une maison, tous les jours, on lit, on interprète le texte. On se filme avec une petite caméra... puis on finit de parler.

Ronit Elkabetz:
Comme entre tout frère et soeur, il n'y a pas d'intermédiaire. On est directement au coeur du sujet, on se pose mutuellement des questions, on se donne des réponses. On prend en effet beaucoup de temps avant le tournage.

Journaliste:
Dans le film, il est parfois difficile de repérer qui est avec qui...

Shlomi Elkabetz:
Le film, c'est l'histoire d'une entité, pas d'acteurs pris séparément. Il fallait créer la masse dès le début, puis générer l'émotion et le mouvement. Il leur est difficile d'être des individus, et devront pour cela payer le prix.

Ronit Elkabetz:
Dans ce deuxième chapitre, nous voulions raconter une histoire vue du point de vue du groupe. On voulait aussi faire des recherches sur les notions de pacte, de liens, de serment... Ainsi, chaque individu se révèle au travers de ce clan qu'est la famille. Nous avons donc développé l'histoire autour du deuil, de la cérémonie qui s'en suit, avec ses lois, ses codes.

Shlomi Elkabetz:
Dans ces temps de deuil, il s'agit de représenter la douleur face au groupe, à la société. Il n'est pas toléré que chacun exprime sa peine personnelle. On la cache...

Journaliste:
Certains exploitants en France ont eu l'envie de montrer vos deux films à la fois...

Shlomi Elkabetz:
Chaque film est indépendant, mais il s'agit en effet du même thème: la femme, vue du point de vue de la femme dans « Prendre femme » et du groupe dans « Les 7 jours »...

Ronit Elkabetz:
La femme n'a pas la force de sortir de ses chaînes. Seule Viviane aura ce courage vers la fin, et elle est prête à en payer le prix, car en Israël le tribunal ne permet pas à la femme de retrouver sa liberté, seul l'homme peut le faire. Une femme sans un homme est aussi un poids dans une famille. Ainsi la femme dans la cuisine habite chez sa soeur. Il s'agissait de traiter de la femme face à une société patriarcale.

Shlomi Elkabetz:
On a voulu, dans le scénario, créer une fausse liberté pour les femmes, comme dans la vie. Certaines ont de l'argent, de l'amour, se permettent un avortement. Les vieilles femmes semblent fortes et Viviane est partie de la maison. Mais elles y perdent tout, ou alors sont coincées. C'est finalement un échec pour toutes...

Journaliste:
Auriez-vous pu imaginer votre histoire sans la placer en 1991, avec les alertes aux bombardements ?

Shlomi Elkabetz:
La guerre n'est pas quelque chose qui résout les problèmes. Elle fait partie de la vie en Israël...

Ronit Elkabetz:
On ne peut pas éviter dans le récit un moment politique. Ca fait partie de la vie quotidienne. Il y a toujours un conflit, la mort, c'est « normal ». Ainsi entendre une sirène est normal et n'empêche pas d'enterrer son frère. C'est cette cérémonie qui est plus important, et l'un des personnages dit d'ailleurs: « on va pas faire toute une affaire pour d'une sirène... ».

Ronit Elkabetz:
Malgré cela, les cultures se mélangent, et on parle beaucoup plus arabe ici que dans « Prendre femme ».

Shlomi Elkabetz:
La culture du conflit existe partout, et le film raconte un peu la rencontre entre deux cultures. Ici on ne mange pas de viande durant le deuil, alors qu'on en mange au maroc, mais pas en Irak, pays arabe...

Journaliste:
Vous semblez dire que globalement la situation de la femme n'a pas changée depuis 1991...

Ronit Elkabetz:
On peut sortir, s'habiller comme on veut, mais il s'agit d'une fausse liberté. Il n'y a rien de fait pour les droits des femmes. Le divorce passe toujours par la loi religieuse, quel que soit le lieu du mariage civil, même à l'étranger...

Shlomi Elkabetz:
Un producteur m'a dit un jour que nous vendions des films sur le statut de la femme. Il nous reprochait de faire de l'argent avec le sujet, et qu'on manipulait le contexte dans ce but là. Il faut savoir qu'en Irsraël, au moins 40 femmes sont tuées par leur mari chaque année, que des femmes se font toujours virer parce qu'elles sont enceintes, que 95% des prostituées sont des femmes et que beaucoup ne peuvent pas ses marier... Des chiffres qui font toujours réfléchir.

Olivier Bachelard Envoyer un message au rédacteur

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