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Top 5 : de "Batman Begins" à "Inception", le classement des meilleurs films de Christopher Nolan pour Abus de Ciné

En neuf films, Christopher Nolan aura su imposer un style, un univers et une patte bien à lui. La recette Nolan, définitivement celle du succès, consiste d’abord en l’écriture de scénarios solides, d’histoires denses et de personnages complexes. Scénariste sur tous ces longs métrages (hormis "Insomnia") Nolan s’appuie aussi sur des co-scénaristes hors pairs comme son frère ("Memento", "Le Prestige" et "The Dark Knight") ou David S. Goyer (la trilogie "Batman"). C’est aussi cela l’une des raisons de sa réussite : Nolan a toujours su s’entourer de fidèles comme Wally Pfister son directeur de la photo sur tous ses films (exceptés "Following" et "Interstellar"). À l’occasion de la sortie de son tout dernier film "Interstellar", la rédaction d’Abus de Ciné a voté pour les meilleurs longs métrages du réalisateur britannique. Voici notre top 5 !

 

5e // "BATMAN BEGINS" (2005)
Avec Christian Bale, Michael Caine, Liam Neeson, Katie Holmes, Gary Oldman, Cillian Murphy...

Après deux volets super flashys-fluos signés Joël Schumacher, qui succédaient aux deux premiers films de Batman jamais tournés pour le cinéma (réalisés par Tim Burton mêlant cuir et latex dans un gothique jubilatoire), Christopher Nolan reprend la franchise avec DC Comics au milieu des années 2000 avec un cahier des charges clair comme le jour : dépoussiérer le mythique Batman et en faire un être moderne mais torturé et tourmenté dans un monde sombre et sans pitié où un justicier pourrait aspirer à le rendre meilleur. Nolan scénarise avec un spécialiste des super héros et de la SF : Davis S. Goyer ("The Crow", "Dark City", "Blade"). Une alliance qui aboutit à une histoire complexe, multicouche comme les scénarios mille-feuilles que le réalisateur aime tant avec ses nombreux personnages (Ras’al Ghul, Luxius, Alfred, Jim Gordon, l’épouvantail, Falcone etc.). Une histoire centrée sur les peurs du héros, son désir mêlant vengeance et justice. Nolan ne tombe jamais dans la caricature (fini la copine blonde et pulpeuse !) et livre un reboot comme on en attendait vis-à-vis de la stature de l’homme chauve-souris, un reboot non exempt de quelques défauts visuels mais qui lançait une trilogie de haut vol.

Mathieu Payan

 

4e // "MEMENTO" (2000)
Avec Guy Pearce, Carrie-Anne Moss, Joe Pantoliano...

© Newmarket Capital Group

C'est l'histoire d'un film d'exception, un film qui s'affranchit de toutes les règles de narration, un film renversant qui a porté plus d'un cerveau à ébullition. Il s'agit du second long-métrage d'un réalisateur britannique qui deviendra par la suite un poids lourd à Hollywood. À la fois révolutionnaire et fondateur, "Memento" ne laisse personne indifférent. […] On pourrait résumer le génie narratif de Christopher Nolan par une seule de ses idées. Une idée qu'il a eue deux mois environ après avoir commencé à travailler à partir de l'idée de départ de son frère Jonathan. "Memento" sera un film sur la mémoire de Leonard Shelby, mais il aura beaucoup plus d'impact s'il manœuvre aussi la mémoire du spectateur. D'où l'idée géniale de monter le film en séquences anti-chronologiques. Ainsi Nolan transforme un simple film sur la mémoire en une véritable expérience. C'est grâce à cette idée que le scénario final voit le jour en 1997… >>> Lire la suite de l’article d’Adrien Verot

 

© Warner Bros. France

3e // "LE PRESTIGE" (2006)
Avec Hugh Jackman, Christian Bale, Michael Caine, Scarlett Johansson...

Véritable mise en abîme pour le spectateur, "Le Prestige" met en scène deux magiciens unis par une erreur qui coûta la vie à la femme de l’un d’eux. Le film narre leur perpétuelle adversité se défiant à coup de tours de magie pour prouver à l’audience et à leur confrère qu’ils sont bien les meilleurs. Comme l’explique Cutter (Michael Caine), chaque tour comporte trois actes: la promesse (la présentation d’un objet ordinaire), le tour (l’exécution de quelque chose d’extraordinaire comme la disparition de l’objet ordinaire) et enfin le prestige (bien souvent la réapparition de ce même objet). Tout le génie de Nolan est de construire son film exactement comme un tour de prestidigitation. Nous avons la promesse qui présente deux personnages ordinaires développant tour à tour un numéro qui semble les téléporter d’un endroit à un autre. Au cours de l’investigation des magiciens afin de découvrir les trucs de leur rival respectif, le spectateur assiste à un événement stupéfiant (le tour que nous allons éviter de dévoiler) pour débouler sur le prestige en dernière partie de film. Les twists se succèdent et désarçonnent avec, en prime, des explications d’une cohérence totale. Tout ceci donne réellement l’impression de s’être fait berné par ce magicien de la narration qu’est Nolan. Nul doute que le réalisateur accouche de son film le plus solide avec "Memento" même s’il reste moins spectaculaire que ceux qui suivront. Bref, cette prodigieuse maîtrise de la pirouette couplée à des thèmes dignes des plus grandes tragédies (vanité, sacrifice et culpabilité sont ici dominants) donne l’un des plus grands films de la dernière décennie.

Alexandre Romanazzi

 

© Warner Bros. France

2e // "THE DARK KNIGHT" (2008)
Avec Christian Bale, Heath Ledger, Michael Caine, Aaron Eckhart, Gary Oldman, Maggie Gyllenhaal, Morgan Freeman...

Exercice difficile que celui du second volet d'une trilogie annoncée et qui consiste à développer l'univers du premier épisode, en annonçant un troisième opus final, tout en réalisant un film à part entière. En donnant une suite à l'excellent "Batman Begins", Christopher Nolan se doit donc d’œuvrer à nouveau au sein du genre « super héroïque », en y continuant les thématiques abordées (usage de la peur comme arme, création d'une figure de justicier, etc.), et en osant les pousser plus loin, afin de préparer le terrain au grand final attendu. En introduisant dès sa formidable scène d'introduction (sur laquelle plane l'ombre de Michael Mann) son emblématique vilain, Nolan annonce la couleur : son « Chevalier noir » sera politisé (dans les limites d'un blockbuster estival, bien sûr) et portera non pas sur la figure même du Batman, mais sur le symbole qu'il représente. Vigilante auto-proclamé, obligé de s'astreindre au fascisme pour combattre un terrorisme d'autant plus terrifiant qu'il semble n'avoir aucun sens, ni autre but que le chaos, son héros personnifie les dérives d'une Amérique aveugle aux agissements de ses dirigeants. On aurait aimé que la conclusion, malgré ses sérieuses qualités, ose pousser le bouchon un peu plus loin...

Frédéric Wullschleger

 

© Warner Bros. France

1er // "INCEPTION" (2010)
Avec Leonardo DiCaprio, Ellen Page, Cillian Murphy, Ken Watanabe, Joseph Gordon-Levitt, Marion Cotillard, Tom Hardy...

"Inception" fut pour Christopher Nolan le film de tous les risques. Révélé par "Memento", consacré avec "Insomnia" et définitivement intronisé avec "The Dark Knight", l’expert en scénarios tarabiscotés et en complexité dramaturgique montait là encore d'un niveau sur l'échelle de l'ambition et semblait désormais vouloir titiller les sommets du cinéma à vocation interactive. De quoi faire passer le résultat pour le nouveau "Matrix" ? Pas vraiment. Si les deux films partagent les mêmes concepts philosophiques et bon nombre de liens dans le mélange d’action et de réflexion, la comparaison s’arrête là. C’est à une extraordinaire expérience de cinéma que Nolan nous convie ici, stimulante à l'envi, peuplée d'un casting irréprochable et empreinte d'une force créatrice que vingt blockbusters hollywoodiens n'arriveraient pas à intégrer. Dans cette optique d’un « cinéma du futur » qui ne ressemble à rien de déjà-vu, on pourrait presque parler de film « inceptionnel », déroulant son concept d’exploration des rêves imbriqués à la fois dans l’optique de bâtir un pur thriller à diverses strates et de déployer des trésors d’inventivité graphique dans chaque scène. Sans atteindre pour autant la complexité d’un "Paprika", le film interconnecte les réseaux mentaux avec un brio inouï et crée le trouble en faisant se confondre (ou se superposer) les perceptions d’une même action, un peu à la manière d’un cerveau en mode alternatif, pris dans une boucle de Moebius et prisonnier de ses propres limbes. Ce mode narratif, finalement très proche de celui des songes, accumule les jeux de miroirs, les fausses pistes, les énigmes à triple sens et les perspectives de manipulation (thème fétiche de Nolan, rappelons-le), dans le seul et unique but d’extraire de ce labyrinthe narratif la logique même des rêves : mieux se perdre, c’est mieux trouver son chemin, et vice versa. Tel est "Inception", film-cerveau par excellence qui installe le doute dans l’esprit de son public (sommes-nous donc les sujets d’une « inception » cinématographique ?), vaste labyrinthe des songes et des émotions qui déploie une quantité folle de niveaux de lecture. Immense, tout simplement.

Guillaume Gas

 

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