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Test DVD - MON VOISIN, MON TUEUR

Date de sortie : 24 mai 2011

En 2001, sept ans après le génocide, le gouvernement rwandais décide la mise en place de « Gacaca » (prononcez « gatchatcha »), des tribunaux de proximité qui se réunissent dans tous les villages du pays, le plus souvent à l'extérieur, avec pour objectif de faire témoigner les victimes en présence de leurs voisins et bourreaux, qui ont été en partie libérés en 2003 pour prendre part à ce nouveau processus. Un douloureux exercice d'équilibriste pour une triple recherche : la justice, la mémoire et la réconciliation. En somme, un essai de mise en place de la vérité pour tourner la page d'une histoire ignoble qu'on ne peut oublier...

TEST DU DVD

Le DVD respecte le 4:3 original et il n’y a objectivement rien à dire à ce sujet – il aurait d’ailleurs été étrange de vouloir traiter l’image autrement alors que l’intérêt du film repose sur le caractère brut des témoignages et des plans ! Le film est présenté dans sa version originale en kinyarwanda et, fait exceptionnel, peut être visionné sans sous-titres. Certes, peu de gens parlent ou apprennent le kinyarwanda mais on peut se féliciter qu’un éditeur permette à une minorité potentielle de pouvoir visionner un film sans sous-titres – après tout, c’est un des avantages du DVD, donc pourquoi imposer des sous-titres par défaut ? Et pour celles et ceux (nombreux) qui ont besoin de traduction, il y a un triple choix : français, anglais et néerlandais. Notons en revanche un chapitrage peu clair : « chapitre 1 », « chapitre 2 », à quoi cela correspond-il ? Difficile de s’y repérer efficacement...

En guise de bonus… du bonus papier ! Rien sur le DVD, donc, mais un petit livret d’un peu moins de 20 pages avec essentiellement des « textes d’introductions » (qu’on peut toutefois lire en conclusion, après visionnage du film !), ainsi qu’une note d’intention de la réalisatrice et des mini-biographies d’Anne Aghion et des auteurs des trois textes du livret.

Le premier texte proposé, « Gratitudes », est celui de Jean-Noël Jeanneney (dont le nom est d’ailleurs bien mis en avant à l’arrière de la jaquette, comme « star » des bonus !). L’historien et ex-secrétaire d’Etat, également président d’honneur du Festival international du film d’histoire de Pessac, nous propose de réfléchir à la richesse que ce documentaire d’Anne Aghion constitue en tant que document d’histoire (ainsi que le « trésor des "rushes" qu’elle a accumulés ») et apporte une perspective plus large en inscrivant le film dans une histoire universelle des reconstructions et autres amnisties qui ont marqué la fin de périodes troubles (la fin de l’URSS ou celle de l’Apartheid, par exemple).

Le deuxième texte du livret, « Silence on parle », est de qualité inégale. Son auteur, Pierre Vincke, ancien acteur et metteur en scène de théâtre qui s’est reconverti dans le droit, a pour spécialité la reconstruction de la justice après des crises politiques majeures (ce qui rend son avis potentiellement intéressant). Or, son texte commence comme un essai philosophique et légèrement ésotérique, à la fois maniéré et vain (donc pénible). Heureusement, suit une intéressante analyse du rôle de la caméra et de la mise en scène dans le documentaire d’Anne Aghion.

Le troisième texte, le plus long, est sans doute aussi le plus intéressant. « Rencontre avec un Tiers » permet d’avoir la vision d’une Rwandaise, Assumpta Mugiraneza, spécialiste de psychologie sociale qui a travaillé notamment sur une analyse comparée des discours de haine nazis et hutus. C’est elle qui a assuré la traduction du kinyarwanda pour les différents documentaires d’Anne Aghion. Son témoignage est d’une incroyable richesse, à la fois pour ce qu’elle montre de son implication progressive dans la création du film, mais aussi sur ce que le processus des « Gacaca » et le film lui-même ont provoqué chez elle (en elle et sur son parcours), et également sur l’importance, selon elle, d’Anne Aghion et de ses films dans la reconstruction du Rwanda. Un texte souvent émouvant.

Enfin, une courte note d’intention d’Anne Aghion clôt le livret. La réalisatrice apporte un dernier éclairage, en révélant notamment que cette démarche d’enquête sur le Rwanda vient de la volonté de comprendre ce que les juifs (parmi lesquels ses propres parents) ont ressenti dans l’immédiat après-Shoah et comment ils se sont reconstruits.

BONUS :
Livret de 18 pages.

Raphaël Jullien Envoyer un message au rédacteur

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